MALI: Escalade verbale entre Paris et Bamako : Y-a-t-il matière à s’inquiéter ?

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02 OCTOBRE ( ASPAMNEWS)- Après le discours du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga du haut de la tribune des Nations unies, où il a accusé la France « d’un abandon du Mali en plein vol », les autorités françaises par la voix de la ministre des Armées, Florence Parly, qualifient les propos de Choguel Maïga « d’incohérents et populistes ». La tension monte entre les deux pays et la question qu’on se pose,  y-a-t-il matière à s’inquiéter ?

Depuis l’annonce de l’Agence de presse Reuters sur  l’arrivée probable au Mali de la société privée russe Wagner, les relations entre Paris et Bamako se cristallisent. L’hexagone a intensifié les rencontres diplomaties secrètes auprès des dirigeants de la Cédéao pour dissuader les autorités maliennes de signer un accord avec Wagner qualifiée de « mercenaire », ce qui est incompatible avec l’engagement français au Sahel.

La semaine dernière, au cours de la 76e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga a accusé Paris d’avoir abandonné en plein vol de le Mali. Il a défendu l’idée que les autorités maliennes sont en train d’explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires de manière à combler le vide que ne manquera pas de créer la fermeture de certaines emprises de Barkhane dans le nord du Mali.

Aussitôt, la France, par la voix de sa ministre des Armées, Florence Parly, a rejeté en bloc les propos du Premier ministre en les qualifiant de « Faux, incohérents et populistes». Dans cette cacophonie d’escalade verbale qui fait monter la tension entre Paris et Bamako, y a-t-il matière à s’inquiéter ?

Depuis lundi, la France montre déjà ses muscles. Côté malien, on tient tête aussi avec l’accueil triomphale réservé au Premier ministre en provenance de New-York comme pour dire aux autorités françaises que le peuple est avec Choguel Maïga. Est-ce qu’on est proche d’une rupture diplomatique entre les deux pays ? Sans  doute pas, mais ce que cherchent d’un côté les autorités maliennes, c’est comment trouver des voies et moyens pour résoudre cette crise sécuritaire avec d’autres partenaires y compris avec la France qui a transformé son dispositif de Barkhane à Takuba avant les échéances électorales. Côté français, les enjeux sont trop importants pour une rupture diplomatique. La question de la lutte contre le terrorisme au Sahel est devenue une jauge de la politique intérieure française. Donc ni la France ni le Mali n’a intérêt à s’engager dans une rupture frontale des relations.

Mercredi dernier devant le Sénat français, Mme Parly a annoncé que si le Mali engage un partenariat avec des mercenaires, le pays s’isolera et perdra le soutien de la communauté internationale. Déjà, certains observateurs affirment que c’est juste un coup de poker, une stratégie de force pour faire plier les autorités maliennes à ne pas signer cet accord. Selon eux, la communauté internationale ne se résume pas seulement à la France, aux États-Unis ou encore à l’Allemagne.

« Si cela se concrétise, il faut que le Mali se tourne vers la Chine, la Russie ou la Corée du Nord afin de contrecarrer la communauté internationale », disent-ils.

Aujourd’hui, c’est la question Wagner qui a remonté les tensions entre Bamako et Paris. Sinon les relations étaient déjà tendues depuis fin 2019 et début 2020 avec les manifestations anti françaises dans les rues de Bamako qui avaient inexorablement mis en colère Emmanuel Macron. Le Président français avait jugé opportun de faire une mise au point d’où le sommet de clarification du 13 janvier 2020 à Pau.

La prise du pouvoir par les militaires en août 2020 et le 2e coup d’Etat de mai dernier ont mis les autorités françaises dans la méfiance. D’où la sortie médiatique de Macron qui avait brandi l’idée de retirer ses troupes françaises. Selon lui, il y a une islamisation de l’Etat malien. (OBN/2021)

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