CÔTE D’IVOIRE: 12 ans après les violences électorales, les victimes réclament toujours justice

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ABIDJAN, 12 AVRIL (ASPAMNEWS)-Le président du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire (Cvci), Issiaka Diaby a commémoré le 11 avril 2023 la tristement célèbre date du 11 avril 2011, marquant la chute de l’ancien président Laurent Gbagbo. Les victimes réclament justice.

11 avril 2011-11 avril 2023 ! ça fait 12 années que Laurent Gbagbo, ancien président de la République était déchu du pouvoir d’Etat, à la suite d’une crise post-électorale. 12 années après cet événement qui a coûté la vie à 3000 personnes, selon les chiffres officiels, des victimes et parents de victimes de cette crise meurtrière ont commémoré, le mardi 11 avril 2023, à l’initiative du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire (Cvci) et de son président, Issiaka Diaby, cette date anniversaire.

Les victimes n’ont jusque-là, pas obtenu réparation 

C’était à la faveur d’une conférence de presse tenue dans la petite salle de mariages de la mairie de Yopougon. Il était question pour le président du Cvci de faire le bilan des actions menées par le gouvernement, les acteurs politiques et les organisations de la société civile nationales et internationales en faveur des victimes d’une part et, pour la préservation de la paix et de la stabilité dans le pays, d’autre part. Issiaka Diaby a souligné que les victimes n’avaient jusque-là obtenu justice et réparation.

« Le 11 avril est une date très lourde, elle évoque des souvenirs douloureux car des partisans du président Laurent Gbagbo ont commis des massacres dans certaines familles dans des quartiers. Ça été une date où, on a tous eu peur car nous pensions que la Côte d’Ivoire allait connaître la guerre civile… 12 ans après, l’heure est au bilan. Les gens que vous voyez, ces personnes qui sont devenues des victimes ont tout perdu du fait de la crise. On leur a demandé de tout laissé, c’est ce qu’elles ont fait mais, en retour qu’est-ce qu’elles ont eu ? Qu’est-ce qui a été fait en leur faveur ? Quelles actions ont été posées pour les victimes ? Je dis zéro ! Les victimes n’ont rien eu », a-t-il regretté.

Issiaka Diaby a souhaité que des dispositions soient prises pour parer à cette situation. Le président du Cvci a demandé que la lumière soit faite sur toutes les violations des droits de l’Homme perpétrées pendant la crise post-électorale de 2010-2011. Pour lui, la justice doit jouer pleinement son rôle pour que la vérité soit connue de tous et que les coupables puissent payer pour les crimes desquels ils seront reconnus.

« Le Cvci a prôné la tolérance et grâce au pardon des victimes, grâce à leur disposition à s’inscrire dans processus de réconciliation, grâce au fait que les victimes ont décidé de tourner le dos à la violence comme moyen de se faire justice, le pays n’a pas sombré. Mais, en retour, elles n’ont obtenu ni justice, ni réparation, ni indemnité. C’est comme si rien n’a été fait. Les besoins des victimes demeurent, les attentes des victimes demeurent. On veut des actions pour que les auteurs des crimes répondent de leurs actes », a-t-il insisté.

Au demeurant, le conférencier a lancé un appel à la mobilisation de la classe politique de manière générale et du chef de l’Etat en particulier afin que les victimes soient indemnisées. Aussi, n’a-t-il pas saisi l’occasion pour cette fois interpellé les leaders d’opinions sur la nécessité pour eux d’avoir de la mesure, de la pondération dans leurs discours, pour éviter de réveiller les vieux démons et faire ainsi sombrer la Côte d’Ivoire dans un nouveau cycle de violences.

La CVCI indignée des propos guerriers des hommes politiques

« La réconciliation n’a pas encore était atteinte et les victimes refusent que leurs sacrifices soient vains. Les hommes politiques doivent savoir parlerNous voyons des hommes politiques tenir des discours qui vont faire éclore la violence, la guerre à nouveau. Et ça, nous disons non ! », s’est-il opposé. Cette conférence de presse a aussi été la lucarne pour le président du Cvci de dénoncer l’exclusion des opérateurs économiques nationaux par « un cartel » d’opérateurs économiques « expatriés » dans certains secteurs d’activités en l’occurrence celui de « la fabrication jusqu’à la commercialisation du fer à béton » ou encore dans la grande « distribution ».

« Ce sont des secteurs d’activités qui peuvent permettre d’adresser les questions liées à l’emploi des jeunes. Mais à la réalité il y a un cartel qui empêche les Ivoiriens d’y entrer. Ce sont des personnes venues d’ailleurs qui tiennent plusieurs secteurs d’activités. Mais, nous allons lutter pour mettre fin à ces actions », a-t-il indiqué. Notons que dans le cadre de ses démêlés judiciaires dans l’affaire de « fer à béton », le président du Cvci a été blanchi totalement par la justice ivoirienne. (SPM/2023)

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