Journée mondiale contre le paludisme : un nouveau vaccin suscite un infime optimisme

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25 AVRIL (ASPAMNEWS)-Le 25 avril marque la journée mondiale de lutte contre le palusdisme, une maladie redoutable en Afrique malgré l’arrivée de vaccins, en raison notamment d’une résistance croissante aux traitements existants. En 2021, 619 000 personnes sont décédées du paludisme. L’Afrique est le continent le plus touché, représentant cette année-là 96 % des 247 millions de nouveaux cas. Selon l’Organisation mondiale de la santé le paludisme a causé la mort de plus de 600 000 personnes dans le monde en 2021.

L’Afrique est la plus concernée précise le professeur Francis Ndungu, immunologiste du paludisme auprès du KEMRI-Wellcome Trust, un partenariat entre la Kenya Medical Research Institute et l’Université d’Oxford  : « Plus de 90% des décès dus au paludisme surviennent en Afrique et le parasite responsable s’appelle Plasmodium Falciparum. La majorité de ces décès surviennent chez des enfants de moins de 5 ans. En plus de la mortalité, la maladie a egalement a un impacte sur la vie des gens, car elle affecte l’éducation et l’économie. Il est donc très important de disposer d’un vaccin antipaludique hautement efficace qui sauvera les enfants de la mort et leur donnera la possibilité de grandir et de se développer sans maladie afin qu’ils réussissent mieux à l’école et aussi dans la vie. »

Introduit par le géant pharmaceutique britannique GSK en 2019, le vaccin RTS,S était jusqu’ici l’un des remparts les plus efficaces contre la malaria (autre nom du paludisme). Jusqu’à ce que l’université d’Oxford mette au point récemment un nouveau vaccin, le R21/Matrix-M (R21), plus efficace et moins cher, qui suscite de l’espoir dans de nombreux pays africains, dont le Ghana.

Le très prometteur vaccin R21 est-il opérationnel ?

Le Ghana a donné son feu vert pour l’utilisation du vaccin britannique R21 pour les enfants de 5 à 36 mois, tranche d’âge la plus exposée aux décès liés au paludisme : le 13 avril dernier, il est devenu le premier pays à autoriser le médicament, avant même la publication des résultats finaux des essais.

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, qui concentre 31 % des décès dus au paludisme, a accordé quelques jours plus tard une autorisation provisoire du R21, attendant la conclusion des expérimentations pour l’adopter définitivement. Le médicament est aujourd’hui en phase 3 d’essai clinique, la dernière habituellement avant une autorisation de mise sur le marché par les autorités sanitaires, sous réserve que les résultats soient concluants. Cette phase permet d’évaluer l’intérêt thérapeutique du médicament sur un nombre important de patients, pour le R21 : 4 800 participants répartis sur quatre pays.

D’autres nations, comme le Burkina Faso, le Kenya, le Mali et la Tanzanie attendent avec espoir le rapport d’essais, et l’approbation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour enfin autoriser le vaccin. Les résultats devraient tomber au courant de l’année 2023.

► Qui pourra bénéficier du vaccin ?

Le vaccin RTS,S est, à l’heure actuelle, toujours recommandé par l’OMS et fait l’objet de campagnes de vaccinations au Kenya et au Malawi. Au prix de 9 dollars l’unité, son efficacité est de 39 %, tandis que son successeur désigné coûte deux fois moins cher pour 80 % d’efficacité.

L’université d’Oxford s’est associée au leader mondial de la production de vaccins, Serum Institute of India, afin de produire 200 millions de doses de R21 chaque année. Le géant indien est en pourparlers avec le Ghana afin de délocaliser dans le pays africain l’étape du « fill-finishing » (finition et remplissage). Cette phase finale de fabrication en Afrique pourrait faciliter l’utilisation du R21 sur le continent.

Un constat optimiste tempéré par Peter Sands, le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ce dernier explique que les vaccins ne sont pas une « solution magique », en raison de leurs coûts et de la difficulté du déploiement à grande échelle.

► Vers la victoire contre le paludisme ?

L’OMS espère, d’ici à 2030, réduire d’au moins 90 % la mortalité relative à la malaria. Mais les catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes viennent questionner ces projections. Durant l’été 2022, le Pakistan a subi l’une des pires inondations de son histoire, ravageant 10 % de son territoire. Les infections au paludisme ont été multipliées par quatre après la catastrophe, atteignant 1,6 million de cas.

Même impact pour le cyclone Freddy, qui a frappé l’océan Indien et le canal du Mozambique, en février-mars derniers, et provoqué une hausse des cas du paludisme au Malawi, indique Peter Sands à l’AFP. « Suite à ces événements météorologiques extrêmes, (…) beaucoup d’eau stagne sur place », favorisant le développement des moustiques, vecteurs du paludisme chez l’humain.

Ainsi, si le nombre de décès dus à la malaria est passé de 625 000 en 2020 à 619 000 en 2021, le total de cas recensés sur la planète a augmenté sur la même période, passant de 245 millions à 247 millions.

D’ici à 2030, l’OMS espère réduire d’au moins 90 % le taux de mortalité lié à la maladie.  Depuis 2015, une dizaine de pays, dont l’Algérie l’Argentine, et la Chineont officiellement été déclarés exempts de paludisme. (SPM/2023)

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