GUINÉE: journée sans presse, brouillage des fréquences de certains médias

0 2 763

CONAKRY, 23 MAI (ASPAMNEWS)- Les responsables des agences de presse privée, des stations radios et d’autres journalistes des organes de presse et des organisations des droits de l’hommes et de la société civile, réunis hier lundi, ont décrété ce mardi 23 mai 2023, journée sans presse en Guinée. Ce mot d’ordre largement suivi est la conséquence du brouillage de certaines fréquences de stations radios, de menaces contre les hommes des médias et de violences politiques.

Réunies en urgence ce lundi, 22 mai 2023 à la maison commune des journalistes sise à la minière, ces associations de presse ont pris de fortes mesures contre le ministre des Postes et Télécommunications et de l’Économie numérique.

Ces actions sont prises pour répondre au porte parole du Gouvernement de la transition, qui lors du conseil des ministres tenu jeudi dernier à Conakry, a menacé la presse surtout celle privée. Dans une déclaration rendue publique cet après-midi, ces responsables disent êtres prêts à faire front contre la censure à laquelle les médias du pays sont actuellement confrontés.

Tout d’abord, il s’agira de boycotter des activités du Gouvernement et des organes de la transition. C’est dans ce sens qu’une journée sans presse est annoncée dès demain mardi de 05 heures à 00 heures. À cela s’ajoutent d’autres actions comme la manifestation projetée le jeudi, 01 juin 2023.

« Suite au démantèlement par effraction des émetteurs du Groupe de presse AfricVision, au brouillage des ondes des radios FIM FM et Djoma FM, à la restriction des sites d’informations guinéens et des réseaux sociaux, et en réaction aux menaces proférées contre la presse par le ministre porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, les organisations professionnelles de la presse ont décidé ce jour des actions suivantes:

1-Déclarer à partir de ce lundi 22 mai 2023, le ministre Ousmane Gaoual Diallo, ministre des postes et télécommunications, porte-parole du Gouvernement ennemi de la presse Guinéenne;

2- le Boycott à partir de ce jour de toutes les activités du gouvernement et les autres organes de la Transition jusqu’à la levée de toutes les restrictions ;

3-Une Journée sans presse le mardi 23 mai 2023 (de 5h à 00h) ;

4- le Boycott de la Semaine Nationale des Métiers de l’Information et de la Communication (SENAMIC) ;

5- Informer et interpeller les Ambassades, la communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’Homme et la HAC sur les menaces qui pèsent sur la presse guinéenne;

6-Une marche de protestation le jeudi 1 juin 2023 sur toute l’étendue du territoire national», ont-ils annoncé.

Poursuivant, ces organisations professionnelles disent des réserves le droit d’entreprendre des actions plus vigoureuses si le Gouvernement ne restitue pas immédiatement les émetteurs d’AfricVision, ne cesse pas le brouillage des ondes et ne débloque pas les sites et les réseaux sociaux.

Le ton des organisations professionnelles de presse est sans équivoque et traduit bien le sentiment d’injustice et d’inquiétude qui anime les médias guinéens qui traversent l’un des pires moments de leur existence. Cette déclaration du 22 mai qui précède une journée sans presse ce mardi, dépeint sans fioriture, la situation infernale dans laquelle évolue des journalistes harcelés par des prédateurs qui ne sont autres que les dirigeants de leur propre pays.

La presse en danger. Et plus qu’un simple mot d’ordre pour manifester son ras-le-bol du martyr qu’elle souffre depuis l’avènement des nouveaux maitres de Conakry qui ont arraché le pouvoir, canon en l’air le 5 septembre 2021, c’est une alarme stridente contre la chape de plomb qui s’est abattue sur la Guinée.

Le colonel Mamady Doumbouya voudrait réduire la liberté d’expression à sa plus simple…expression qu’il n’agirait autrement. Car, plus que la presse, c’est le peuple entier qui est privé du droit de s’exprimer. Les opposants guinéens, pour ceux qui ont encore la témérité de dire non au pouvoir de fer du colonel et de ses sbires, sont contraints à l’exil.

La société civile étouffée par les forces de l’ordre appuyées à l’occasion par l’armée, ne sait plus à quel saint se vouer. Dès qu’ils osent investir la rue pour dénoncer cette transition d’une opacité totale, les cadres du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) sont acculés dans leurs derniers retranchements et embastillés sans procès.

Ce ne sont pas Foniké Mengué, Ibrahima Diallo et Billo Bah, du mouvement dissout par les militaires au pouvoir, qui diront le contraire, eux qui ont recouvré la liberté, après dix mois de séjour dans les geôles du colonel Mamady Doumbouya!

Les Guinéens sont totalement déboussolés! Ils ont été rattrapés trop vite par la réalité douloureuse. Eux qui pensaient avoir déjà vécu l’enfer sous le règne d’Alpha Condé, notamment avant et pendant le 3e mandat, mais qui font l’amer constat qu’ils ne se trouvaient que dans l’antichambre de l’horreur.

En somme la Guinée est passée du purgatoire, non pas au paradis comme tous l’avaient cru lors du putsch de 2021, mais dans le brasier de la géhenne allumé et entretenu par le colonel Doumbouya et ses hommes. L’objectif final de ces «ennemis» acharnés de la liberté d’expression est de taire pour de bon, toute voix qui contrarierait leur plan de se maintenir au pouvoir dans une transition sans fin, et plus si affinités!

L’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) reste également très préoccupée de l’évolution du climat sociopolitique en Guinée se traduisant par l’absence d’un cadre de dialogue inclusif et consensuel entre le CNRD et une frange très importante des acteurs socio-politiques, parties prenantes à la transition. 

L’OGDH exprime son inquiétude face à la récurrence des actes de restrictions de l’espace civique et des libertés des citoyens ; notamment, la liberté de manifestation, la liberté de la presse et le droit à l’information. 

L’OGDH voudrait rappeler que la République de Guinée est partie aux principaux instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’homme. A ce titre le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP) en ses articles 18 et 19 , la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), en ses articles 8, 9 et 11 et la Charte de la Transition en ses articles 19 et 23 consacrent tous la protection de la liberté de conscience, la liberté d’expression et d’opinion, la liberté de réunion et le droit à l’information.

L’OGDH déplore et dénonce les restrictions quant à l’exercice et la jouissance pleine et entière de ces droits. Elle condamne énergiquement le brouillage des fréquences de certains médias, les menaces et intimidation contre des médias et la restriction de l’accès à internet, particulièrement dans la région de Conakry. 

L’OGDH recommande vivement :

1. Au Colonel Mamadi DOUMBOYA, président de la transition, son engagement et son implication personnel pour la mise en place d’un cadre de dialogue inclusif et consensuel conformément à l’esprit de l’article 77 de la Charte de la transition ;

  1. Au Gouvernement, de veiller au respect et à la garantie de la liberté de manifestation, de la liberté de la presse et du droit à l’information conformément aux engagements internationaux auxquels la Guinée a librement souscrit.
  2. A la Communauté internationale, notamment la CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne, les Etats Unis d’Amérique ainsi que les Nations Unies une implication effective pour la mise en place d’un cadre de dialogue inclusif et consensuel, afin d’éviter que la Guinée ne retombe dans la violence dans une sous-région ouest africaine déjà en proie à une insécurité grandissante. 

L’heure est donc grave en Guinée et il urge que la liberté d’expression soit restaurée dans sa plénitude. Si la junte militaire, pouvait faire sienne cette célèbre phrase attribuée à Voltaire, «je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire». (GNH/2023)

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.