quatre présidents africains en Ukraine et en Russie: des médiateurs ou des quémandeurs de blé?

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16 JUIN (ASPAMNEWS)- Alors que tout l’est du pays de l’Ukraine, de Bakhmout jusqu’à Kherson, passe à l’offensive en empruntant trois axes principaux, quatre présidents africains, Cyril Ramaphosa de l’Afrique du Sud, Macky Sall du Sénégal, Hakainde Hichilema de la Zambie, ainsi que le président comorien Azali Assoumani, à la tête de l’Union africaine depuis février, et des représentants congolais, ougandais et égyptien rencontrent ce vendredi, Volodymyr Zelensky, puis samedi Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg, dans le nord-ouest de la Russie.

Au moment où l’Ukraine est engagée dans une contre-offensive militaire et où la Russie ne semble disposée à aucun compromis, cette tentative d’établir un dialogue entre belligérants est-elle sincère ou c’est une manière de quémander le blé ukrainien.?

La plupart des pays africains depuis les indépendances, surtout francophones, n’ont jamais su mettre en place une autonomie alimentaire ni économique. Pire, ils ont plutôt, une fois à la tête de leurs pays, développé des vices de corruption, de gabegie, de pillage de ressources minières, tout en affamant leurs populations.

Or dans les pays africains, le coût du pain a bien flambé depuis cette guerre entre l’Ukraine et la Russie. Les présidents africains ont dans un premier temps négocier le blé ukrainien, qui bien que des centaines de tonnes de blé ont été débloquées, la grande majorité est allée vers les pays de l’occident. Et, les Africains, manquent toujours de blé pour faire tourner les turbines de la farine du blé.

Pourtant, en Afrique, les crises politiques et militaires n’en manquent pas. Le Soudan, le Soudan du Sud, la Centrafrique s’efforcent pour éteindre la crise militaire. Le Mali, le Niger, le Burkina Faso et aussi le Bénin comme le Togo sans oublier la Côte d’Ivoire et Ghana sont visés par les terroristes djihadistes. Rien n’a été fait et ces pays sont laissés pour compte. Même le Sénégal de Macky Sall, est secoué par de violentes manifestations où il n’a pu résoudre. Mais il a préféré prendre le vol, avec l’argent du contribuable pour faire une médiation entre la Russie et l’Ukraine.

La mission est-elle plombée avant même d’avoir commencé? Peut-être bien, car de «mission de paix», ce voyage est devenu une «tentative de médiation». Les quatre «colombes de la paix» africains ont dû revoir non seulement leur nombre, mais aussi leurs ambitions à la baisse, eux qui partaient pour obtenir des protagonistes de la crise, un «engagement» pour «un cessez-le-feu et une paix durable».

Les messagers de la paix, venus de l’Afrique et qui, par leur démarche pacifiste, tenteront, déjà, de sauver l’accord céréalier qui permet à l’Afrique d’être encore ravitaillée en blé, et autres engrais agricoles russes et ukrainiens. En grand consommateur devant l’Eternel pour qui le «consommer local», la célèbre option du révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara, n’est, sans plus, qu’un slogan, le continent noir ressent durement les déflagrations de cette guerre, jusque dans les assiettes des ménages.

Au lieu de tirer profit de ce clin d’œil de la nature et saisir l’opportunité de produire ce qu’ils consomment et de consommer ce qu’ils produisent, les Africains continuent d’espérer un retour de la paix entre les deux belligérants, pour manger du pain fabriqué avec le blé russe ou ukrainien.

Questions: au lieu d’aller si loin pour mettre en valeur leur talent de faiseurs de paix, les chefs d’Etat africains n’auraient-ils pas dû s’arrêter au Soudan où des frères sont en train de s’exterminer, poussés par deux généraux assoiffés de pouvoir, en l’occurrence Hemetti, Mohammed Hamdan Daglo de son vrai nom, et Abdel Fattah al-Burhan? Même le peuple de la République démocratique du Congo (RDC) meurtri dans sa chair par les assauts quotidiens du M23, qui serait soutenu par le Rwanda, n’aurait-il pas accueilli, à bras ouverts, cette mission initiée par la Fondation Brazzaville?

La joie des populations du Mali, du Niger, du Burkina, ne serait-elle pas sans limite, si elles recevaient un tel égard de chefs d’Etat africains? En effet, ces populations, depuis des lustres, ne savent plus à quel saint protecteur se vouer, elles qui subissent la loi de terroristes qui tuent, brûlent et pillent sans pitié dans un Sahel où les forces du mal se sont enkystées.

En tout cas, la délégation africaine, devrait, en principe, rencontrer oreille attentive à Saint-Pétersbourg, ses membres, dans leur grande majorité, ayant refusé de voter pour les résolutions de l’ONU contre la Russie. De même, l’Afrique étant une terre très convoitée actuellement par la Russie dont les drapeaux flottent dans toutes les manifestations anti-occident, Vladimir Poutine qui s’apprête à accueillir, du 26 au 29 juillet 2023, le deuxième sommet Russie-Afrique, ne peut qu’être ouvert à cette initiative africaine.

Ce sera, par ailleurs, l’occasion pour certains des «médiateurs», de s’acclimater aux réalités et à l’environnement de Saint-Pétersbourg, ville qui abritera, en principe, ce rendez-vous, Russie-Afrique, attendu avec impatience par certains dirigeants africains pour renforcer leur idylle avec le nouvel amant russe!

Les chancelleries occidentales ont aussi de quoi s’interroger sur le discours que portera chacun des chefs d’Etat, les nations africaines ayant encore exposé leurs divisions sur cette guerre lors du vote à l’ONU le 23 février d’une résolution non contraignante exigeant « le retrait immédiat » des troupes russes d’Ukraine.

Cyril Ramaphosa apparaît aujourd’hui comme le plus enclin à soutenir les positions de la Russie quand le Zambien Hakainde Hichilema, dont le pays avait voté en faveur de la résolution, pencherait lui davantage du côté de Kiev. « Alors que les Occidentaux ne parlent plus à Poutine, les Africains sont les seuls aujourd’hui à pouvoir parler avec les deux camps », juge l’un des membres d’une délégation.

Si ramener les deux belligérants autour d’une même table semble aujourd’hui une mission impossible, les dirigeants africains pourraient en premier lieu se contenter de satisfaire l’objectif principal affiché par la Fondation Brazzaville, bien plus économique que politique.

Ainsi, les présidents africains ont sur leurs lèvres, la question de la médiation, mais l’objectif caché serait de négocier le blé dans tout les sens: le blé économique et le blé agricole. (NKA/2023)

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