FRANCE/MORT DE NAHEL: colère profonde à travers les villes, une marche blanche en hommage

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PARIS, 29 juin (ASPAMNEWS)– Les autorités redoutaient une nouvelle nuit de violences après la mort du jeune Nahel, tué lors d’un contrôle de police mardi à Nanterre. À juste titre. Malgré la mobilisation policière, les dégâts sont considérables. La mère du jeune homme de 17 ans a appelé à un rassemblement devant la préfecture des Hauts-de-Seine à 14 heures.

L’appel au calme lancé par les autorités n’a pas été entendu. Bien au contraire. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la situation a dégénéré dans de nombreux quartiers de l’Hexagone, notamment en Île-de-France pour la deuxième soirée consécutive après la mort de Nahel, 17 ans, tué mardi par un tir de policier à la suite d’un refus d’obtempérer à Nanterre (Hauts-de-Seine).

La crainte que les incidents ne s’amplifient dans la nuit s’est avérée fondée dans des proportions sans doute bien plus importantes qu’imaginé. Selon Gérald Darmanin, 150 personnes ont été interpellées dans toute la France.

Deux jours après la mort de Nahel, tué par un tir policier mardi matin à Nanterre, Emmanuel Macron a présidé une réunion de la cellule interministérielle de crise jeudi matin. Élisabeth Borne va se rendre à Gagres-les-Gonesse où la mairie a été incendiée.

– Au total, 150 personnes ont été interpellées dans la nuit de mercredi à jeudi après une nouvelle nuit de tensions. Des écoles, des mairies et des commissariats ont été pris pour cible. 150 policiers ont été légèrement blessés et un plus sérieusement.

La mère de l’adolescent tué appelle à une marche blanche jeudi après-midi à Nanterre. Une information judiciaire pour homicide volontaire a été ouverte. La détention provisoire a été requise contre le policier auteur du tir.

Une marche blanche en hommage à Nahel, se tient jeudi 29 juin, à partir de 14 heures, devant la préfecture des Hauts-de-Seine, tout près de l’endroit où est mort le jeune homme. Le rassemblement se tient à l’appel de la mère de Nahel qui, dans une vidéo sur les réseaux sociaux, a exprimé sa « révolte pour [son] fils ». Suivez notre direct.

Environ 40 000 policiers et gendarmes mobilisés jeudi soir. . A Paris et en petite couronne, 5 000 membres des forces de l’ordre seront sur place, a précisé Gérald Darmanin, lors d’un déplacement à Mons-en-Barœul (Nord). La veille, 9 000 policiers et gendarmes avaient étaient déployés. « Rien ne justifie les violences qui se sont produites cette nuit, que ce soit ici, à Garges-lès-Gonesse, ou dans d’autres villes », a de son côté déclaré Elisabeth Borne lors d’une visite dans cette ville du Val-d’Oise où la mairie a été incendiée mercredi soir.

Le parquet demande « le placement en détention provisoire » du policier auteur du tir. Le procureur de la République de Nanterre a annoncé jeudi avoir requis le placement en détention provisoire du policier auteur du tir qui a causé la mort de Nahel. 

« En l’état des investigations, le parquet considère que les conditions légales d’usage de l’arme ne sont pas réunies », a précisé Pascal Prache lors d’une conférence de presse. Le fonctionnaire a été déféré devant deux magistrats à l’issue de sa garde à vue jeudi matin. Gérald Darmanin a de son côté demandé « au préfet de police de suspendre administrativement le policier ».

Plus de 180 interpellations. Les forces de l’ordre ont procédé à « plus 180 interpellations » mercredi soir, selon Gérald Darmanin. « Il y a eu 170 blessés chez les policiers et les gendarmes », a ajouté le ministre de l’Intérieur jeudi midi, qui précise que le pronostic vital d’aucun d’entre eux n’est engagé. 

Le président dénonce des incidents « injustifiables ». De nouvelles violences ont éclaté dans plusieurs villes de France, dans la nuit de mercredi à jeudi, en réaction à la mort de Nahel. Emmanuel Macron a dénoncé jeudi « des scènes de violences » contre « les institutions et la République » qui sont « injustifiables », lors d’une réunion d’une cellule de crise au ministère de l’Intérieur.

La droite occupe (aussi) le terrain. Alors que les ministres régaliens (Darmanin, Dupont-Moretti) sont sur le terrain, dans des villes où des violences ont été observées la nuit dernière, Les Républicains jouent, eux aussi, la carte de l’ordre.

Le patron du parti Eric Ciotti va se rendre à quatorze heures à l’Haÿe-les-Roses (Val-de-Marne), aux côtés du maire LR Vincent Jeanbrun. Ils «constateront les dégâts causés par la nuit d’émeute», indique le parti.

Plusieurs véhicules ont été incendiés dans la ville, ainsi qu’un bâtiment municipal. «La destruction des équipements communaux ne fait qu’aggraver une situation suffisamment difficile», a réagi Jeanbrun sur Twitter. Éric Ciotti enchaînera avec un déplacement dans un commissariat de sa ville, Nice, dans la soirée.

Devant la prison de Fresnes, «comme des rails de feu sur le bitume». Fresnes, devant l’entrée de la prison, une femme, avec son enfant, le pas pressé. Elle habite en face de la maison d’arrêt et était aux premières loges mercredi soir, quand la maison d’arrêt a été prise pour cible. Elle raconte : «On a été réveillé à une heure du matin par une grosse détonation. Quand j’ai regardé dehors, ça faisait comme des rails de feu sur le bitume.»

Pour ce qui est des protestataires, elle en compte une «petite vingtaine pas plus. Ils ont mis le feu aux poubelles, lancé des feux d’artifice et bloqué la circulation sur toute la rue. Mais ils ont vite été dispersés par les forces de l’ordre. Il n’y a eu aucun affrontement, ça a duré à peine deux heures.»

On sent qu’elle veut écourter la conversation, elle s’explique : «Je dois emmener mon fils à l’école, il n’a pas dormi de la nuit». Mais tient à dire avant de partir : «Ici, c’est pas un quartier qui craint, il n’y a pas trop de nuisances. Fresnes, on pense tout de suite à la prison, mais il fait très bon vivre ici». Par Gaspard Couderc.

Valérie Pécresse veut couper les transports aux quartiers violents. Pas de d’apaisement, pas de transport. La présidente d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), Valérie Pécresse, demande l’interruption des transports en commun de surface à vingt et une heures dans les quartiers touchés par les violences urbaines après l’incendie de deux tramways et 11 bus mercredi soir.

«Je recommanderai à la préfecture de police de les arrêter ce soir (jeudi) parce que je ne veux pas que, dans des quartiers où il y a eu des violences, on circule la nuit», déclare-t-elle à la presse lors d’un déplacement à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) au dépôt de la ligne T10 du tramway, inaugurée quelques jours auparavant et dont une rame a été attaquée.

«Il y a des risques ce soir [jeudi] et cette nuit et je ne mettrai pas ni les conducteurs ni les voyageurs en risque, malgré les inconvénients que cela peut représenter pour la population», justifie la présidente de l’autorité régionale des transports, également présidente de la région.

Darmanin à la mairie de Mons-en-Barœul : «On a voulu attaquer notre pacte républicain». La scène est surréaliste : des techniciens de la police scientifique sont penchés au-dessus d’un parterre, à marquer la présence de fins tubes de mortier, et d’un porte-clés perdu parmi les plantes, quand arrivent le ministre de l’Intérieur et sa délégation.

Devant les micros, Gérald Darmanin réaffirme son soutien à tous les policiers et gendarmes, très sollicités la nuit dernière, et aux élus, en première ligne. Puis, le ton se durcit : «Les professionnels du désordre doivent rentrer chez eux. 40 000 policiers et gendarmes seront mobilisés cette nuit, pour rétablir l’ordre républicain.»

Il prévient que, contrairement à la nuit dernière, où la priorité était la sécurisation des biens et des personnes, la nuit prochaine, il y aura plus d’interpellations. «Ces émeutes n’ont rien à voir avec les histoires de Nanterre. La justice doit passer dans le calme», a-t-il souligné.

Gérald Darmanin évoque des groupes organisés, qui ont attaqué de manière à peu près simultanée sur tout le territoire, rendant compliqué l’intervention des forces de l’ordre et des sapeurs-pompiers : «On ne peut pas être naïf : on a voulu attaquer notre pacte républicain», affirme-t-il. De notre envoyée spéciale Stéphanie Maurice.

Mort de Nahel : qu’est-ce que l’état d’urgence, réclamé par la droite et l’extrême droite ? Instauré en 1955 en pleine guerre d’Algérie, ce régime d’exception procure des pouvoirs exceptionnels à l’exécutif et restreint certaines libertés publiques et individuelles. Des figures de droite et d’extrême droite, comme Eric Ciotti ou Eric Zemmour, demandent sa mise en place face aux troubles consécutifs à la mort de Nahel.

Borne veut éviter l’escalade et l’état d’urgence. La Première ministre Elisabeth Borne appelle à «l’apaisement» dans les violences lors d’une visite à Garges-lès-Gonesse, où la mairie a été incendiée pendant la nuit lors des émeutes qui ont suivi la mort du jeune Nahel.

French Prime Minister Elisabeth Borne (C-L) and French Junior Minister for Cities and Housing Olivier Klein (C-R) speak to the press in front of the burnt facade of the Hotel du ville in Garges-les-Gonesse, north of Paris on June 29, 2023, following riots two days after a 17-year-old boy was shot in the chest by police at point-blank range in Nanterre, a western suburb of Paris. Violent protests broke out in France in the early hours of June 29, 2023, as anger grows over the police killing of a teenager, with security forces arresting 150 people in the chaos that saw balaclava-clad protesters burning cars and setting off fireworks. Nahel M., 17, was shot in the chest at point-blank range on June 27, 2023, morning in an incident that has reignited debate in France about police tactics long criticised by rights groups over the treatment of people in low-income suburbs, particularly ethnic minorities. (Photo by STEFANO RELLANDINI / AFP)

«Il faut évidemment éviter toute escalade, il y a un drame, la justice fait son travail. L’auteur du coup de feu devrait être mis en examen», a-t-elle dit à la presse, renouvelant l’appel à «l’apaisement». Interrogée sur la possibilité d’instaurer l’état d’urgence, elle a répondu : «On n’est pas dans ces circonstances.»

«Plus de 130 policiers et gendarmes ont été blessés», affirme Dupont-Moretti. En déplacement au tribunal de proximité d’Asnières-sur-Seine où des dégradations ont eu lieu, et où un membre du personnel «a failli mourir brûlé cette nuit», le ministre de la Justice a appelé au calme.

«Plus de 130 policiers et gendarmes ont été blessés», assure Dupont-Moretti, pointant d’autre part du doigt ceux qui «crachent» sur la police, qu’il qualifie de «complices moraux des exactions qui sont commises». Les acteurs de ces violences «seront identifiés et sanctionnés», scande le garde des Sceaux.

Des ministres sur le terrain, d’autres priés de rester à Paris. Si les déplacements «non prioritaires» des membres du gouvernement ont sauté, les ministres en première ligne sont dépêchés sur le terrain au chevet des bâtiments publics dégradés.

Accompagnée du ministre délégué au Logement Olivier Klein, Élisabeth Borne se rend à la mairie de Garges-les-Gonesse (Val-d’Oise), incendiée dans la nuit. Le tandem doit ensuite retrouver Pap Ndiaye (Education) à Bezons où la façade de l’école a été brûlée.

Pour le garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti, direction Asnières-sur-Seine – un tribunal de proximité y a été incendié – puis le centre pénitentiaire de Fresnes. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est pour sa part rendu à la mairie de Mons-en Baroeul (Nord) pour faire le point sur les dégâts, avant de filer à Tourcoing, sa ville d’élection, à l’école Sainte-Clotilde, incendiée.

Dispositif sécuritaire renforcé pour la soirée de jeudi. Un total de 40 000 policiers et gendarmes, dont 5 000 à Paris et en proche banlieue, seront mobilisés jeudi soir pour faire face aux éventuelles violences après la mort du jeune Nahel, a déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, depuis Mons-en-Barœul (Nord) où il s’est rendu ce matin. C’est «quatre fois plus» que les effectifs déployés dans la nuit de mercredi à jeudi où «9 000» agents des forces de l’ordre étaient engagés, dont 2 000 sur la «plaque parisienne», a-t-il ajouté.

A Fresnes, «ça a duré toute la nuit». Fresnes est désert en ce midi mais deux personnes s’affairent devenant le commissariat de la ville. Le bâtiment a la façade noircie par les flammes, la grand porte tient toujours mais elle est ravagée, de multiples débris jonchent le sol.

«Cela a duré toute la nuit» nous raconte un membre du service de nettoyage de la municipalité. Devant l’hôtel de police, ravagé, il raconte les mains noires et l’air las : «les jeunes ont mis le feu hier soir avec deux conteneurs remplis de je ne sais quoi». Et déplore «malheureusement les dégradations ne servent à rien, et ne vont pas aider le pauvre Nahel et sa famille». Par Gaspard Couderc.

Eric Ciotti appelle à «la restauration de la paix civile». Convoquant la presse au siège du parti LR, le patron de la droite a redemandé jeudi «solennellement» l’instauration de l’état d’urgence «sans délai». Déplorant une «tempête de feu, d’émeutes, de saccages» dans plusieurs villes de France dans la nuit de mercredi à jeudi, le député des Alpes Maritimes a dénoncé des «images révoltantes et profondément choquantes».

«Un seuil de violence a été franchi», a estimé le président des Républicains. Selon lui, «rien, absolument rien, ne peut justifier un tel déchaînement de violence». Eric Ciotti a également pointé du doigt la «lourde responsabilité» de «l’extrême gauche» qui a «clairement appelé à l’émeute». Interrogé sur les propos d’Emmanuel Macron, qui a qualifié la mort de Nahel de drame «inexcusable», Ciotti a critiqué des propos «sans doute prématurés […] par rapport au déroulement de l’enquête»;

A Villeurbanne, dix familles relogées après l’incendie de leur immeuble. Selon le quotidien le Progrès, 35 personnes appartenant à 10 familles ont vu leur appartement endommagé et ont dû être relogées. «C’est un quartier tranquille ici habituellement», confie Sophie T, 49 ans, qui à cinq minutes du 5 boulevard Honoré-de-Balzac. Mercredi soir, elle a senti la fumée de l’incendie depuis les fenêtres de son appartement.

Mais ce n’est que ce matin, au retour de ses courses, qu’elle a compris son origine en tombant sur la façade meurtrie de l’immeuble incendié. Elle est toujours bouche bée devant l’immeuble : «Il y a une colère justifiée mais je ne valide pas que l’on dégrade des biens, estime-t-elle. Il y a des familles, des enfants qui vivent là. Ils vont aller où ces gens ?» De notre reporter sur place, Théo Mouraby;

Jean-Luc Mélenchon dénonce «la honteuse récupération» de Darmanin. Dans un tweet publié ce jeudi en fin de matinée, le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon sort les griffes contre le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Le triple candidat à la présidentielle dénonce la «honteuse récupération politique de Darmanin qui se défausse de ses responsabilités dans la dérive de la police en accusant les Insoumis».

Un message ponctué de ces quelques mots : «Politicien lamentable, incapable, irresponsable.» Plus tôt dans la matinée, le locataire de la place Beauvau tweet : «Honte à ceux qui n’ont pas appelé au calme». Une allusion claire aux insoumis qui depuis hier préfèrent appeler à la justice plutôt qu’au calme. (DPM/2023)

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