AFRIQUE: la situation du Mali au sommet de la cedao, Ali Bongo candidat, le Mali négocie avec les terroristes

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BISSAU, 10 JUILLET (ASPAMNEWS)– Alors que la situation au Mali, autrefois considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, a dominé les discussions du sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en Guinéé-Bissau, Ali Bongo, bien que malade, annonçait sa prochaine candidature pour briguer à nouveau un troisième mandat. Pendant ce temps aussi, les autorités militaires maliennes, ont négocié avec les terroristes en libérant deux membres de l’Etat islamique dans le Grand Sahara (ISGS), Oumeya Ould Albakaye et Dadi Ould Cheghoub, selon des sources de sécurité.

Ces libérations interviennent dans le cadre d’un échange de prisonniers, comme l’ont confirmé trois sources. Un autre responsable de sécurité a précisé qu’il s’agissait d’un « geste » visant à « protéger les vies de nos compatriotes en danger de mort ». Il a affirmé que jusqu’à présent, les autorités maliennes n’avaient jamais libéré de jihadistes pour maintenir la paix dans le Nord du Mali.

Oumeya Ould Albakaye, spécialiste des explosifs, avait été capturé par les forces françaises en juin 2022, avant le retrait complet des troupes françaises du pays en août. Selon une source sécuritaire anonyme, Oumeya Ould Albakaye était considéré comme un éventuel successeur de l’ancien chef de l’ISGS, Adnan Abu Walid al-Sahrawi, tué par les forces françaises en août 2021. En tant que commandant des forces de l’ISGS dans les régions de Gourma au Mali et d’Oudalan au Burkina Faso voisin, il serait responsable de nombreux actes de violence contre les civils des deux côtés de la frontière, selon l’armée malienne.

Ali Bongo Ondimba «forever»

«J’annonce officiellement aujourd’hui, je suis candidat». Ali Bongo Odimba (ABO) venait ainsi, par ces quelques mots prononcés au détour d’une virée à une vingtaine de kilomètres de Libreville, et avec pour témoins ses partisans et les ouvriers de la zone économique spéciale de Nkok, de se lancer dans la course à sa propre succession. Ce n’était vraiment pas un scoop, tous les signes annonciateurs de ce presque «non évènement» étant réunis depuis fort longtemps, notamment les discours récents du président-candidat et des ralliements d’hommes politiques qui ont fait des come-back dans lesquels ils savent si bien exceller.

Le dernier retour à «la maison» fut celui du cousin de ABO, qui avait déserté le Parti démocratique gabonais (PDG) pour créer, en 2015, son mouvement politique Patriote et Républicain, avant de rejoindre, armes et bagages, Les Démocrates de l’opposant Guy Nzouba-Ndama. Léon-Paul Ngoulakia, qui était un ancien soutien de Jean Ping, est donc revenu au PDG, dans une mise en scène de retrouvailles familiales qui s’est voulue émouvante.

Malgré l’AVC!

Si Ali Bongo Ondimba va bien à une 3e candidature, contrairement à celles de certains de ses homologues, la sienne n’est pas anticonstitutionnelle, car la loi fondamentale du Gabon ne connaît pas le verrou de limitation des mandats. Sauf que, malgré les assurances itératives du président gabonais, qui affirme jouir d’une forme olympienne, les séquelles de l’accident vasculaire cérébral (AVC) dont il a été victime en 2018 en Arabie saoudite, disent tout le contraire. En tout cas, Ali Bongo Ondimba qui semble bien maîtriser le bateau gabonais est «Candidat pour poursuivre le travail. Candidat pour amener le Gabon plus loin, beaucoup plus loin. Candidat pour gagner la bataille économique. Candidat pour gagner la bataille du travail.» Et «candidat pour gagner la bataille du changement».

Le changement dans la…continuité

La machine du changement dans la…continuité s’est donc mise en branle à deux jours de la fin des candidatures! L’opposition gabonaise qui n’est guère avantagée par le mode de scrutin à un tour de la présidentielle du 26 août prochain, est contrainte à l’union derrière un seul candidat pour se donner des chances de victoire. Alexandre Barro Chambrier alias ABC, le cheval qui portera les espoirs du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) et dont la candidature officielle a été déclarée ce dimanche 9 juillet, sera-t-il le pion que poussera, comme un seul homme, toute l’opposition gabonaise pour cette présidentielle qui s’annonce dans moins de deux mois?

Le dilemme de la MINUSMA

Le Mali a récemment fait une demande choquante : le départ des forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Cette mission des Nations Unies, déployée depuis 2013, a pour mission principale de stabiliser le pays, d’aider à la mise en œuvre de l’accord de paix, de protéger les civils et de promouvoir les droits de l’homme.

La MINUSMA a investi massivement dans des bases militaires à travers le pays. Ces bases constituent des points stratégiques pour la stabilisation du pays et la lutte contre le terrorisme. Il est clair que les Occidentaux, qui soutiennent massivement la MINUSMA, sont réticents à l’idée de laisser ces bases entre les mains des autorités militaires maliennes et leurs partenaires russes.

La CEDEAO contre les changements anticonstitutionnels

Bola Ahmed Tinubu, lui a déjà gagné, la bataille de la présidentielle dans son pays le Nigeria, succédant ainsi à Muhammadu Buhari. Mais il vient de se voir ajouter, par ses pairs de la sous-région, la casquette non moins prestigieuse de président de la CEDEAO, remplaçant ainsi le Bissau Guinéen, Umaro Embalo Cissoko, dont le pays vient d’abriter le 63e sommet de l’institution sous-régionale. Le Nigérian, marchant dans les pas de son prédécesseur, a, tout de suite planté le décor de son mandat qui ne devrait pas arranger les amoureux des changements anticonstitutionnels.

La consolidation de la démocratie est, visiblement, l’un des combats prioritaires du président du «géant de l’Afrique de l’ouest». Et si le sommet qui a fait de lui le capitaine de la barque CEDEAO n’a pris aucune sanction contre les dirigeants militaires de la Guinée, du Burkina Faso et du Mali, il n’en demeure pas moins que l’organisation observe les transitions dans ces pays avec une attention particulière et compte organiser, bientôt, une nouvelle réunion pour plancher sur le dossier. C’est dans la même logique que l’installation d’une force de la CEDEAO demeure une option bien en vue pour les dirigeants, dans le but de lutter contre le terrorisme dans l’espace CEDEAO et organiser, quand le cas se présentera, des interventions dans des Etats où l’ordre constitutionnel est menacé.

L’implication de la CEDEAO

La CEDEAO, qui a historiquement joué un rôle crucial dans la résolution des crises dans la région, est maintenant confrontée à un dilemme. Le départ de la MINUSMA du Mali pourrait créer un vide sécuritaire, ce qui pourrait déstabiliser davantage le pays et avoir des conséquences négatives pour toute la région.

La communauté internationale va sans doute profiter du sommet de la CEDEAO pour essayer de maintenir une présence militaire sur le sol malien. Même si la nature exacte de cette force reste à déterminer, tout porte à croire qu’il s’agira d’une transformation de la MINUSMA. Cependant, il est fort probable que les autorités militaires de Bamako, qui ont pris le pouvoir par un coup d’État en 2020, refusent cette proposition.

Le pouvoir malien négocie donc avec les terroristes!

Cette force, si elle existait aurait peut-être opéré, en son temps, une descente sur le Mali, non seulement pour terroriser les…terroristes mais aussi pour tenter de mettre en échec les deux coups d’Etat en moins d’un an, du colonel Assimi Goïta et de ses hommes. Le Mali, qui s’est vu obligé de libérer, des chefs de l’Etat Islamique, notamment Dadi Ould Chegoub et Omaya Ould Albakaye qui avaient été arrêtés par la Force française Barkhane, dans le but de récupérer ses ressortissants otages des groupes armés, et de tenir des élections dans des zones de Ménaka, sous l’emprise des terroristes. Pourtant, le pouvoir kaki de Bamako dans sa lutte contre le terrorisme n’a jamais révélé ces genres de négociations avec les forces du mal. Les militaires ont toujours avancé une «montée en puissance» des Forces armées maliennes (FAMa).

Ainsi donc, les colonels maliens négocient avec les chefs terroristes, compte tenu sans doute du rapport de force qui ne milite pas en leur faveur. Du reste, c’est une démarche qui est loin d’être nouvelle dans cette lutte contre le terrorisme, des chefs d’Etat africains, anciens comme en exercice, l’ayant déjà expérimentée, avec plus ou moins de bonheur. Le colonel Assimi Goïta, après avoir ouvert la chasse aux anciens partenaires du Mali, dont la MINUSMA qui est en train de faire ses paquetages pour quitter le pays, est visiblement obligé de tendre la main aux terroristes.

Rappelons que le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire alimentée par des groupes jihadistes, des séparatistes et des groupes d’autodéfense. Cette crise, qui a débuté dans le Nord du pays, s’est progressivement étendue au centre du Mali, ainsi qu’au Burkina Faso et au Niger voisins. L’incapacité des gouvernements successifs à rétablir la sécurité a suscité l’insatisfaction de la population, entraînant deux coups d’État militaires en 2020 et 2021. Depuis lors, la junte au pouvoir a rompu ses liens de longue date avec la France, ancienne puissance coloniale, et s’est tournée notamment vers la Russie. (SPM/2023)

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