MAURITANIE: Mohamed Ould Abdelaziz condamné à 5 ans de prison, une triste fin

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NOUAKCHOTT, 5 DÉCEMBRE (ASPAMNEWS)-«Le plus fort n’a jamais été assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir»! En attendant l’appel qu’entend interjeter son pool d’avocats, l’ancien président mauritanien continuera à méditer cette sagesse derrière les barreaux où il séjourne depuis au moins 10 mois avec certains de ces anciens collaborateurs.

Comme ses co-accusés, dont deux ex-Premiers ministres, le général Mohamed Oul Abdel Aziz, qui se serait constitué un trésor de guerre de 67 millions d’Euros, a été jugé pour plusieurs chefs d’inculpation, tous écartés au finish, pour ne retenir que ceux d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent.

Le verdict dans « l’affaire Aziz » était très attendu en Mauritanie depuis plusieurs jours. Le 4 décembre, le juge de la Cour criminelle chargée des crimes de corruption a finalement condamné l’ancien président Mohamed Ould Abdelaziz, 66 ans, à 5 ans de prison, ainsi qu’à la confiscation de ses biens et à une peine d’inéligibilité pour enrichissement illicite et blanchiment.

Ses deux anciens Premiers ministres Mohamed Salem Ould Béchir et Yahya Ould Hademine, ainsi que son ancien ministre du Pétrole Taleb Ould Abdi Vall, ont quant à eux été relaxés. Ses huit co-accusés dont son gendre, Mohamed Ould Msabou, ont écopé de peines avec sursis, ainsi que de la confiscation de leurs biens et de leurs droits civiques.

Contre toute attente, le magistrat n’a donc pas suivi les réquisitions du procureur qui, le 24 octobre, avait réclamé une peine de 20 ans de réclusion contre celui qui est devenu, au fil des mois, l’accusé numéro un. Ses anciens ministres risquaient quant à eux dix ans de détention. Actuellement gardé dans un appartement de Nouakchott, Mohamed Ould Abdelaziz a déjà été incarcéré près de dix-huit mois. Ses avocats vont faire appel de cette décision.

Le va-tout de Aziz

Le « procès de la décennie » s’est ouvert le 25 janvier à Nouakchott contre Mohamed Ould Abdelaziz (au pouvoir de 2009 à 2019) pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice. Il est en effet accusé d’avoir amassé une fortune considérable estimée, d’après les conclusions de l’enquête, à 90 millions de dollars.

L’ancien chef de l’État a toujours dit que ce chiffre avait été exagéré, assurant avoir déclaré son patrimoine lors de son arrivée et de son départ de la présidence. Il a d’ailleurs nié jusqu’au bout les accusations portées contre lui et dénoncé un complot visant à l’empêcher de continuer à faire de la politique. De son côté, la partie adverse n’a cessé de marteler que toutes les preuves de sa culpabilité sont réunies et qu’il ne pouvait se prévaloir de l’article 93 de la Constitution lui garantissant l’immunité présidentielle – un argument qui a longtemps concentré les débats.

Le 27 novembre, lors de sa dernière intervention à la barre, il a joué son va-tout en mettant directement en cause le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Aziz a en effet assuré que l’argent qu’il est suspecté d’avoir détourné provient en réalité de deux dons en espèces d’un total de 11 millions d’euros que lui aurait fait son successeur, et qui constituerait un reliquat du financement de la campagne présidentielle de 2019.

Il a ajouté que l’actuel dirigeant lui aurait également donné 50 voitures, faisant partie d’un lot de 100, commandé durant la même période  mais arrivé trop tard. « Le président n’a eu aucun rapport, ni de près ni de loin, avec l’argent pendant la campagne, laquelle a été gérée par Ould Abdelaziz et un groupe autour de lui, balaie catégoriquement un proche de Ghazouani. D’ailleurs à la fin, elle était déficitaire, et cela avait été officiellement dit. »

Pression sur la présidentielle

Ses soutiens à l’étranger ont tenté de faire monter la pression ces derniers jours. Le capitaine de frégate Ahmed Hassena et le colonel Sidi Ely Ahmedou ont annoncé le 1er décembre depuis Las Palmas, en Espagne, la création d’un Front national pour le changement, ayant pour but de renverser l’actuel président s’il brigue un second mandat et n’accède pas à plusieurs de leurs revendications, comme la dissolution de l’Assemblée nationale. Ils ont également dénoncé « l’injustice » dont serait victime Mohamed Ould Abdelaziz.

Tous deux espèrent pouvoir transformer ce mouvement en parti et ainsi, peser sur la présidentielle de 2024. D’ici au scrutin, ils comptent mener, depuis la France cette fois, des campagnes de désobéissance civile. Mais à Nouakchott, leur initiative n’a pas rencontré beaucoup d’écho, aucun membre de l’actuel pouvoir n’ayant réagi.

En Afrique avec cette condamnation de l’ancien président mauritanien, tout comme en Europe avec le cas de l’ancien président français Nicolas Sarkozy qui, depuis la fin de son unique mandat de président français, passe le clair de son temps dans les audiences judiciaires ou aux Etats-Unis avec les convocations constantes par la justice de Donald Trump, les dirigeants d’hier et d’aujourd’hui doivent savoir qu’une vie de citoyen lambda, donc soumise à tous les aléas, les attend!

Mais, surtout sur le continent noir, ceux qui nous gouvernent ne retiennent jamais la leçon et se retrouvent souvent en train d’errer de pays voisins en pays lointains, balancés par le vent impitoyable de l’exil. Au mieux des cas, ils peuvent vivre chez eux, mais deviennent des clients au quotidien des palais de justice, ou des locataires des Maisons d’arrêt, quand ils ne sont pas contraints à la résidence surveillée.

C’est tout simplement l’effet boomerang qui ne peut être évité que par une bonne gouvernance qui n’appellera ni coups d’Etat, ni insurrection populaire, ni poursuites judiciaires avec envoi comme colis à la Cour pénale internationale (CPI). Même si en politique comme dans les autres domaines de la vie, il est dit que celui qui, son chien veut noyer, de rage l’accuse, il importe pour les gouvernants de songer à gérer les affaires avec sagesse! (KFB/2023)

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