TCHAD/RÉFÉRENDUM: un « oui » mais…

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N’DJAMENA, 18 DÉCEMBRE (ASPAMNEWS)-Une nouvelle constitution qui compte perpétuer l’Etat unitaire au Tchad. Unitaire mais fortement décentralisé, précise le pouvoir de transition comme pour tendre la main aux «fédéralistes» ou les diviser encore plus pour les affaiblir davantage. Mais pour certains, ce référendum est «l’échec du gouvernement de transition post dialogue national inclusif».

«Le vainqueur de ce scrutin du 17 décembre, c’est bien le Bureau de vote mort du peuple. C’est le peuple le vainqueur». Ces mots sont ceux du président du RNDT le Réveil, ancien Premier ministre, Pahimi Padacké Albert qui a appelé au boycott du référendum constitutionnel.

Quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, il clame sa victoire, car selon lui, son objectif et celui de son parti sont atteints. C’est un échec, d’après Pahimi Padacké Albert. Et cet échec, il l’attribue au gouvernement de transition post-dialogue dialogue national inclusif et souverain.

« Les Tchadiens ont montré leur désaccord profond avec ce gouvernement de transition, revanchard et affairiste », se réjouit-il.

L’homme fort du gouvernement de la première partie de la transition a profité de cette occasion pour demander au président de transition de faire le constat du désaveu du peuple et d’en tirer les conclusions politiques, mais aussi d’annuler totalement ce référendum désapprouvé par le peuple. «Il n’est jamais tard pour mieux faire», conseille-t-il. Pour lui, «le retour à l’ordre constitutionnel doit rimer avec le retour à l’ordre démocratique».

Même son de cloche chez Banyara Yoyana, ex-ministre et porte-parole du bloc fédéral, qui après observation a déclaré que le manque d’engouement constaté lors de cette consultation populaire suscite des préoccupations quant à la légitimité des résultats qui en découleront. “La participation s’il faut le dire est très faible d’après les informations parvenues, certains bureaux n’ont pas enregistrés plus de dix pour cent et d’autres quartiers non pas des urnes”, explique-t-il.

M. Yoyana a souligné que le référendum était une occasion pour la population de faire entendre sa voix et de contribuer à la construction d’une société plus équilibrée. Cependant, la faible participation des électeurs remet en question la représentativité des résultats qui seront publiés et soulève des interrogations sur l’impact réel de cette consultation sur la vie politique du pays.

“Il faut aussi savoir que les partisans du “Oui” ont mis sur place beaucoup d’entrave pour empêcher les partisans du “non” d’aller au bureau des votes pour être membre. Tous ces aspects prouvent que ce référendum est raté donc ceci demande que ce référendum soit être à refaire. L’absence d’engouement dans les bureaux de votes d’aujourd’hui vient du fait que les gens sont fatigués de ce système actuel, donc l’appel du boycott est réel”, justifie-t-il.

Le porte-parole du bloc fédéral a également déclaré que le manque d’engouement lors du référendum soulignait une certaine désillusion et méfiance envers les institutions politiques en place et surtout le système.

Cependant, en face de la force tranquille qui porte le «OUI», les rangs se sont sérieusement clairsemés entre les radicaux du «NON» et les disciples du boycott du scrutin référendaire, qui, eux, sont persuadés que les dés de ce vote étaient pipés en amont, tout comme ses résultats seront biaisés en aval. Qui plus est, le camp des «pro-NON» a subi ce revers de taille auquel il s’attendait le moins, avec l’appel à voter «OUI» de l’opposant tchadien le plus en vue, Succès Masra, fraîchement rentré au bercail, après un an d’exil.

Il faut rappeler que le leader du parti «Les Transformateurs» avait cette épée de Damoclès qui pendait sur sa tête sous la forme d’un mandat d’arrêt, dont il a découvert l’existence alors qu’il a décrété son retour à la maison.

Sans oublier qu’avec les poursuites de la justice de son pays contre sa personne, pour des griefs dont des propos «incitant à la haine et à la révolte» et une «tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel», le fougueux opposant n’a dû son retour à N’Djamena qu’à des négociations avec le régime de transition dirigé par le général Mahamat Idriss Deby.

Une médiation menée par le président de la République Démocratique du Congo, Felix Tshisekedi, mandaté par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale. Du coup, son revirement pour le «OUI» au referendum a vite été considéré comme un retour de service rendu au profit du pouvoir de la transition.

Malgré les moyens financiers et matériels dont il a disposé et le large ratissage qu’il a opéré au sein des partis politiques, des chefs traditionnels et de la société de façon générale, le camp du «OUI» qui espérait accomplir un raz-de-marée a perdu une bonne partie de son assurance, après la journée de vote de ce dimanche 17 décembre.

Même si le pouvoir de la transition affirme le contraire, soutenant que la très faible affluence n’est pas une surprise car les villes, notamment les capitales, sont toujours frondeuses, il faut reconnaître que les premiers dépouillements des 22 726 bureaux de vote dans lesquels étaient convoqués 8,2 millions d’électeurs, annoncent un taux de participation faible.

Loin des 80% escomptés par les maîtres militaires par intérim du Tchad! De ce fait, en toute logique, ce n’est pas demain la fin de la légendaire bagarre entre «unitaristes» et «fédéralistes».

La nouvelle constitution qui ramène l’âge minimum de 45 à 35 ans, non seulement ne sera pas la chose du plus grand nombre, mais elle ne parviendra pas à résorber le profond schisme qui mine le peuple tchadien. Le dialogue national n’y aura rien fait non plus.

Du reste, pour les «pro-NON» ce nouveau texte de la loi fondamentale n’apporte rien de nouveau sous le chaud soleil sahélien du Tchad. Les fédéralistes en sont persuadés, comme le dialogue national, cette nouvelle constitution sert plutôt de moyen pour perpétuer la patrimonialisation du pouvoir par les Deby.

En tout cas, le referendum a été tenu et aucun suspense n’entourant la victoire du «OUI», c’est une nouvelle page qui se tourne dans l’histoire politique du Tchad émaillée de rébellions et de violences politiques.

Il faut donc espérer, nonobstant les tares dont ses détracteurs l’accablent, que la nouvelle constitution contribue à accélérer la fin de la transition comme le pense Succès Masra. Ce dernier, si son parti arrive aux affaires, a d’ailleurs promis d’amender cette constitution. En attendant, le «OUI» sortira en majorité des urnes, mais le ciel politique tchadien demeure chargé des nuages de la division socio-politique! (WKT/2023)

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