Bénédictions des couples homosexuels : le oui et le non se mélangent

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21 DÉCEMBRE (ASPAMNEWS)-La publication, lundi 18 décembre, de la déclaration Fiducia supplicans entérinant la possibilité pour un prêtre de « bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe » a suscité aussi bien l’enthousiasme que l’irritation d’une partie de l’Église catholique. Ces trois derniers jours, plusieurs évêques du monde entier se sont prononcés sur cette orientation nouvelle approuvée par le pape François.

Si en France, une certaine perplexité demeure quant aux contours que pourraient prendre ces bénédictions, dans les épiscopats des pays voisins ce texte a été accueilli avec emphase. En Allemagne notamment, où le chemin synodal appelait déjà à bénir des couples homosexuels et où certains prêtres n’avaient pas attendu la consigne romaine pour le faire, la conférence épiscopale s’est réjouie de cette ouverture par la voix de son président, Mgr Georg Bätzing. « Fiducia supplicans aborde les questions qui sont apparues récemment autour des demandes de bénédiction et des bénédictions d’un point de vue pastoral et dans un langage théologiquement modéré et apaisé », a-t-il déclaré dans un communiqué publié peu après la parution du document.

Son homologue autrichien a lui aussi salué la décision papale. « En fait, plus personne ne peut dire non », s’est réjoui l’archevêque de Salzbourg. « Je crois que l’Église reconnaît qu’une relation entre deux personnes du même sexe n’est pas entièrement dépourvue de vérité : il y a de l’amour, il y a de la loyauté, il y a aussi des épreuves partagées et vécues dans la fidélité », a-t-il ajouté.

Même écho auprès des évêques espagnols ou suisses, pour qui la déclaration correspond à leur souhait « d’une Église ouverte qui prend au sérieux, respecte et accompagne les personnes dans différentes situations relationnelles ». En Belgique, où les diocèses flamands avaient l’an passé travaillé à une liturgie propre à ces bénédictions – un rite institué étant toutefois écarté par le Vatican pour ces bénédictions –, l’évêque d’Anvers Mgr Johan Bonny s’est félicité de cette décision auprès de La Croix.

Prudence aux États-Unis

Aux États-Unis, où un courant catholique conservateur puissant s’oppose régulièrement au pape François, de nombreux évêques se sont adressés aux fidèles sur un ton plus prudent. « L’enseignement de l’Église sur le mariage n’a pas changé, a voulu rassurer la Conférence épiscopale américaine, et cette déclaration le confirme, tout en s’efforçant d’accompagner les gens en leur donnant des bénédictions pastorales parce que chacun d’entre nous a besoin de l’amour guérisseur et de la miséricorde de Dieu dans sa vie. »

Parmi les figures du clergé américain les plus en phase avec les orientations papales, le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, a salué un texte qui appelle les catholiques à « une approche pastorale, pour l’Église, comme une mère aimante ».

« Ici, dans le diocèse de Chicago, nous accueillons cette déclaration qui aidera de nombreux membres de notre communauté à ressentir la compassion et la proximité de Dieu », a-t-il indiqué. « Les prêtres qui donnent ces bénédictions doivent veiller à ce qu’elles ne deviennent pas un acte liturgique ou semi-liturgique, semblable à un sacrement », a pour sa part averti le cardinal Seán O’Malley, archevêque de Boston.

Franches oppositions

Alors que la plupart des évêques américains conservateurs ne se sont pas prononcés sur la déclaration du Vatican, seul Mgr Joseph Strickland, démis par le pape de ses fonctions à la tête du diocèse de Tyler (Texas) il y a un mois, s’est opposé frontalement au texte romain.

« Nous devons avoir une voix unie pour dire “non, nous ne répondrons pas à cela, nous n’incorporerons pas cela dans la vie de l’Église” », a-t-il appelé dans un message vidéo diffusé par le média proche de la sphère traditionaliste LifeSiteNews. « Dans l’histoire, avec ce type de sujets auxquels nous sommes confrontés, un pape aurait convoqué un concile », a-t-il ajouté.

Si les épiscopats africains et asiatiques ont pour l’heure peu communiqué au sujet des bénédictions des couples homosexuels, quelques voix se sont fait entendre contre ces bénédictions. Au Kazakhstan, Mgr Tomash Peta et Mgr Athanasius Schneider, respectivement archevêque et évêque auxiliaire d’Astana, ont soutenu que le texte approuvait des pratiques contraires à la doctrine catholique.

« Nous exhortons et interdisons aux prêtres et aux fidèles (du diocèse) d’accepter ou de pratiquer toute forme de bénédiction de couples en situation irrégulière et de couples de même sexe », ont-ils ordonné. De la même manière, la Conférence épiscopale du Malawi a également prohibé ces bénédictions « pour éviter toute confusion parmi les fidèles ».

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), séparée de Rome depuis le schisme lefebvriste en 1988, a partagé quant à elle sa « consternation » après la parution de Fiducia supplicans. « Cette déclaration n’évite ni la confusion ni le scandale », a estimé mardi 19 décembre l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la FSSPX.

« Faire croire à ceux qui vivent dans une union foncièrement viciée que cette dernière pourrait être en même temps positive et porteuse de valeurs, c’est la pire des tromperies, et le manque le plus grave de charité envers ces âmes égarées », a-t-il ajouté.

Au TOGO, prêtres invités de s’en abstenir

La Déclaration est loin d’être une approbation ou une validation sacramentelle des unions entre des personnes de même sexe. Elle n’est nullement une remise en came de l’enseignement de l’Eglise sur le mariage. De fait, parmi les nombreuses questions soumises au Dicastère pour la Doctrine de la Fol, il y avait celle-ci les ministres de Dieu peuvent-ils donner ou non les bénédictions à sous, quels que soient leurs états ? La réponse à ce questionnement fondamental a inspiré le titre donné au document : « Déclaration sur la signification pastorale des bénédictions ». Bien entendu, l’Eglise a toujours donné des bénédictions ordinaires non- liturgique en à quiconque les lui demande. Néanmoins, il faut veiller à ce que ces bénédictions ne soient pas interprétées comme « un acte liturgique ou semi-liturgique, semblable à un sacrement » (Fiducia Supplicans, n°36)

Cette Déclaration ne modifie pas l’enseignement de la Bible et de l’Eglise sur le mariage qui est défini pue le Concile Vatican II et reconnu comme une « alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnés par son caractère naturel au bien des conjoint ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants » (GS, n°48; CEC n°1601; CIC, can. 1055, 1).

Selon la Bible et l’enseignement de l’Eglise, l’homosexualité qui désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante envers des personnes de même sexe, est présentée comme une dépravation grave intrinsèquement désordonnée (Cf, Gn 19,1-29, Rm 1, 24-27: 1 Co 6, 10, 1 Tm 1, 10, CDF décl. Persona humana, 8). Parce qu’elle est contraire à la loi naturelle, ferme l’acte sexuel au don de la vie, elle ne saurait recevoir d’approbation en aucun cas (CL. CEC 2357)

Cependant l’Eglise ne recommande que les personnes engagées dans des relations de même sexe soient accueillies avec respect, compassion et délicatesse. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la Croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition (CF. CEC 2758)

Dans ses réponses aux Dubia des deux Cardinaux le 11 juillet 2023, le Pape François écrit: sont inadmissibles les rites et les prières qui pourraient créer une confusion entre ce qui est constitutif de mariage, à savoir ‘’une union exclusive, stable et indissoluble entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la génération d’enfants’’ », et ce qui le contredit. Voilà, pourquoi en ce qui concerne la bénédiction des couples homosexuels, les Evêques du Togo recommandent aux prêtres de s’en abstenir. (SDT/2023)

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