Virus du troisième mandat, le Togo un mauvais exemple

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(ASPAMNEWS) – Alassane Ouattara a mis fin à un suspense qui n’en était pas vraiment un en annonçant, jeudi 6 août dernier, qu’il allait briguer un troisième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire lors de l’élection présidentielle d’octobre. Les réactions de contestations ont immédiatement suivies cette déclaration de candidature. Et pour ceux qui savent la complicité qui existe entre la Côte d’Ivoire de Ouattara et le Togo de Gnassingbé, cette déclaration ne devrait surprendre. Surtout que le président du Togo lui vient de commencer son quatrième mandat à la tête du pays depuis qu’il a remplacé son père à travers une parodie d’élection truffée de violence et perte de vies humaines.

 Devenue une référence idéale en Afrique, la limitation de mandat présidentiel peine a s’installer unanimement dans les pays de l’Afrique francophone. Au Cameroun, un certain Paul Biya, même mourant est toujours accroché après plus de trente ans au pouvoir. Idem Idriss Itno Débi au Tchad, devenu aujourd’hui maréchal, qui est au pouvoir depuis 1990. Sans oublier Sassou N’Guesso  au Congo Brazzaville. Après, suit le ballet des fils à papa au pouvoir. Ali Bongo bien qu’étant malade s’agrippe fortement au fauteuil présidentiel et Faure Gnassingbé, avec une assemblée nationale à solde, une armée à ses petits soins comme une nouvelle copine d’un riche fieffé homme et tous les appareils d’Etat où sont perchés les plus grands corrompus du pays, vient de commencer son quatrième mandat à la tête du Togo.

Et pour dire, le Togo a toujours servi de cas école pour les autres pays, même ceux cités en Afrique d’avoir une meilleure démocratie. C’est le cas actuel du Sénégal ; où selon certaines indiscrétions, le troisième mandat de Macky Sall est en téléchargement. Feu Eyadema avait solennellement dit au cours d’un voyage d’Etat en Afrique du Sud, qu’il ne se présentera pas à un troisième mandat. Il a ajouté qu’un militaire a une seule parole. La surprise a été de courte durée. Puisque de retour au Togo, tout a vite changé. De la constitution jusqu’au vote, Eyadéma a encore été réélu et ceci dans la violence et le sang.

Son fils arrivé en 2005 dans un bain de sang, a bien appris la leçon. Tripatouillage de la constitution et troisième et quatrième mandat. C’est ce que suivent les autres présidents. Et Ouattara ne s’est pas fait prier, puisque le cas du troisième mandat d’Alpha Condé en Guinée Conakry, est déjà téléchargé à plus de 98%. Le modus est toujours le même. On active une assemblée nationale où on sait qu’on a une certaine majorité pour faire des propositions de lois et tripatouiller les textes de la constitution. Après, il faut vite adopter les textes et les promulguer. On dira qu’on a une « nouvelle constitution ». Des fois, pour se faire innocent, on fait appel à de véreux constitutionnalistes au col blanc. Et le tour est joué. Mandat à vie !

Le président togolais au pouvoir depuis 2005, fait partie des présidents qui ont lutté pour la conservation du pouvoir. Il l’a d’ailleurs dit : « Papa m’a dit que si on perd le pouvoir, il est difficile de le retirer ».  Malgré les contestations sociales, il pourrait être au pouvoir jusqu’en 2030.

Le président guinéen Alpha Condé et le président ivoirien Alassane Ouattara  sont sur la même lancée. Ouattara a officiellement annoncé sa candidature pour une troisième fois,  Alpha Condé est lui le candidat de son parti politique. Il a répondu qu’il prend acte. Malgré de vives contestations de la population réprimées faisant des dizaines de morts, le président Condé est déterminé à aller jusqu’au bout.

Selon certains analystes de la vie politique africaine, la décision du chef de l’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, de briguer un 3ème mandat présidentiel et les ambitions prêtées à ses homologues de la Guinée et du Sénégal, ont remis au goût du jour le débat portant sur la relation des hommes politiques africains avec le pouvoir.

Selon les analystes, les présidents qui aiment changer de constitution et s’éterniser au pouvoir sont de deux ordres. La première catégorie est constituée des hommes politiques qui accèdent au pouvoir après une longue traversée du désert, du fait des difficultés vécus pendant très longtemps dans l’opposition, qui sont les plus prompts à manœuvrer pour rester le plus longtemps au pouvoir. Ils sont aidés par une partie de l’élite intellectuelle qui a une grande responsabilité dans cette situation parce que quand, vous regardez la plupart des constitutions africaines, elles sont écrites par d’éminents constitutionnalistes africains qui, de connivence avec l’élite politique, s’engagent dans cette logique d’interprétation de l’esprit des textes de la charte fondamentale. C’est le cas des Wade, qui pour briguer un troisième mandat a invité les mercenaires constitutionnalistes pour que sa candidature soit validée, mais au finish, il a été battu. De Macky Sall aussi, d’Alpha Condé et même de Ouattara. «Les constitutions changent très souvent en fonction du changement des régimes. Chaque fois qu’il y a changement à la tête de l’Etat, on change de constitution et au terme de leur mandat, les chefs d’Etat ont toujours tendance à modifier les constitutions de manière à proroger leur mandat», a déclaré un analyste.

La deuxième catégorie est composée des fils à papa qui ne pensent qu’à conserver le pouvoir par tous les moyens. Ils ont vécu dans l’opulence, la gabegie et la haute corruption. Ils se font entourer des corrompus qui ne pensent qu’à leur ventre et intérêt et font tout pour que le prince conserve le pouvoir et eux gardent illégalement et illicitement leurs intérêts. L’analyste d’ajouter qu’il y a trois facteurs explicatifs de cette propension des dirigeants africains à aller vers un 3ème mandat ou même une présidence à vie. Il cite entre autres, la gestion autocratique, la mal gouvernance et la présence de la famille ou de l’ethnie dans la gestion des affaires publiques.

 «Quand vous gérez de façon autocratique le pouvoir, vous brimez la démocratie dans votre pays, vous êtes sans pitié, sans rémission contre vos adversaires politiques, allant même jusqu’à les emprisonner. Par crainte de représailles après votre départ à la tête du pouvoir, vous êtes plutôt tenté de vous accrocher autant que possible au pouvoir», a-t-il indiqué.

Il a aussi souligné que quand on gère les deniers publics comme son propre argent, quand on se permet toutes les libéralités et tous les écarts de gestion des deniers qui vous sont confiés, vous savez bien évidement que vous et votre entourage pouvez faire l’objet de poursuites judiciaires une fois que vous allez perdre le pouvoir. On prend une phobie de perdre le pouvoir et automatiquement on ne peut que vouloir s’accrocher par tous les moyens.

S’agissant du troisième et dernier facteur relatif à l’immixtion de la famille, de l’ethnie dans la gouvernance, l’analyste déclare : «Quand vous gérez votre pays et que vous laissez votre famille ou votre ethnie participer à la gestion des affaires publiques, vous les exposez à un certain nombre de malversations ou de gestion non orthodoxe. Quand vous impliquez également les gens de votre ethnie dans la gouvernance, ils considéreront que c’est leur plein droit d’en faire ce qu’ils veulent et à partir de ce moment-là, vous serez tenté de garder le pouvoir».

A l’en croire, tous ces trois facteurs se retrouvent chez tous les hommes politiques qui veulent s’éterniser au pouvoir. Citant entre autres, le président Paul Biya du Cameroun, Denise Sassou Nguesso du Congo, le président Teodoro Obiang Nguema de la Guinée-équatoriale et le président d’Ouganda, Yoweri Museveni, les quatre présidents qui sont les plus anciens au pouvoir en Afrique, l’analyste souligne qu’on retrouve « tous ces trois facteurs dans la façon dont ces quatre présidents gèrent leurs pays respectifs». Aussi a-t-il suggéré aux organisations de la société civile et aux populations qui combattent ce phénomène de s’attaquer directement à ces trois facteurs s’ils veulent barrer la route à toute tentative éventuelle de 3ème mandat dans leur pays ». (EAD/2020)

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