Arrestations du journaliste Pape Alé Niang: le procureur assume, des appels pour sa libération

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DAKAR, 8 NOVEMBRE (ASPAMNEWS)-Le procureur de la République assume avoir demandé à la Sûreté urbaine de procéder à l’arrestation du journaliste Pape Alé Niang. Dans un communiqué, Amadou Diouf explique pourquoi il a instruit l’ouverture d’une enquête sur des faits qu’il juge graves. La coordination des associations de la presse exige la libération immédiate et sans condition de Pape Alé Niang. 

Pape Alé Niang est entre les mains des policiers de la Sûreté urbaine depuis dimanche dernier. Et c’est bien le procureur de la République qui a demandé son interpellation. Dans un communiqué de presse, Amadou Diouf indique « qu’il a été constaté, depuis un certain temps, des attaques répétées, non fondées et inacceptables dirigées contre les forces de défense et de sécurité« .

« Les dernières en date qui portent manifestement atteinte à l’autorité de ces institutions républicaines visent des officiers généraux dans le but évident de les délégitimer et de fragiliser la cohésion et la discipline collective indispensables au bon fonctionnement et à l’efficacité de ces corps habillés de l’Etat« , poursuit le chef du parquet.

Selon lui, ces actes qui distillent, par ailleurs, « un doute pernicieux, sapent le moral des troupes et désignent les forces de sécurité comme des cibles majeures à l’attention de tous ceux qui souhaitent s’en prendre à l’autorité de l’Etat constituent des menaces pour l’ordre public et sont susceptibles de caractériser des atteintes à la défense nationale outre la diffusion de fausses nouvelles et la divulgation de secrets défense« .

C’est donc pour ces raisons que le procureur soutient avoir demandé au commissaire chargé de la Sûreté urbaine, « d’ouvrir immédiatement une enquête sur ces faits constatés et de me (lui) rendre compte de l’évolution de la procédure, laquelle enquête devant être conduite avec toute la rigueur nécessaire, au vu de la gravité des faits« . Mais ce, précise-t-il, « dans le respect des exigences de la liberté de presse et des instruments internationaux garantissant les libertés fondamentales« .

Les griefs contre Pape Alé Niang, à supposer que les faits sont réels, ne sont-ils pas trop légers pour s’acharner ainsi sur un journaliste qui n’a pas divulgué un secret d’Etat? Mieux, l’information qu’il a donnée, n’a conduit à aucun trouble, l’édile de Casamance ayant appelé ses partisans au calme et à vaquer à leurs occupations, pendant que lui répondrait à la convocation de la justice. Mot d’ordre qui fut scrupuleusement respecté, ce qui a évité aux Sénégalais de revivre les scènes chaotiques observées lors de la mise en examen de Ousmane Sonko, des manifestations qui avaient occasionné, en mars 2021, au moins 12 morts.

Mais plus que la personne du patron de «Dakar Matin», la crainte est manifeste au niveau des syndicats qui la défendent, que ce soit la profession qui se retrouve ainsi dans le viseur de prédateurs de la presse. Les menaces ne sont pas à prendre à la légère, et pourraient bien justifier le recul de la liberté de presse au Sénégal, faisant monter en flèche, ce pays de la 49è à la 73è place dans le dernier rapport de Reporters Sans Frontières (RSF).

Toutefois, le pouvoir est loin d’être le seul obstacle à la liberté d’informer, l’opposition étant également mise à l’index par l’Association des professionnels de la presse en ligne. Sans être dramatique pour les journalistes sénégalais, la situation n’en n’ait pas moins inquiétante, surtout en cette veille d’élection présidentielle prévue pour 2024, compétition pour laquelle le procès, d’intention ou réel, est fait à Macky Sall de vouloir oser un 3è mandat anticonstitutionnel.

En tout cas, Pape Alé Niang, à l’instar de tous ses confrères au Sénégal et dans le monde, n’accomplissent qu’un noble devoir, souvent au mépris de leur vie, de mettre à la disposition de leurs concitoyens, les informations dont ils ont besoin au quotidien.

Certes, les journalistes sont loin d’être des supers hommes ou des supers femmes intouchables, mais ils sont assez exposés à toutes sortes de risques, pour être encore inquiétés par des arrestations pour des motifs aussi banals.

Comme Ghislaine Dupont et Claude Verlon de RFI, tués à Kidal au Mali le 2 novembre 2013, ou Norbert Zongo de l’Indépendant, tué et calciné, avec ses compagnons de route, le 13 décembre 1998 à Sapouy au Burkina, les hommes des médias sont, constamment, confrontés à la mort. Pourtant, ils constituent un véritable baromètre de cette démocratie dont l’Afrique continue de faire le dur apprentissage.

Libérez Pape Alé Niang et faites libérer tous les journalistes otages dans le monde, comme Olivier Dubois, aux mains des terroristes du Groupe de soutien à l’islam et au musulmans (JNIM), depuis le 8 avril 2021, lorsqu’il a été enlevé près de Gao au Mali. Olivier est déjà à son 19è mois de captivité!

La Cap a aussi, dans sa déclaration, rappelé à l’Etat du Sénégal le respect des articles 8 et 10 de la Constitution. Elle lui remémore aussi ses engagements internationaux relatifs à la dépénalisation des délits de presse. En effet, la coordination retient que Pape Alé Niang est arrêté pour des délits de presse.

« La liberté de presse, d’investiguer et d’informer n’est pas négociable » a clamé la coordination des associations de presse. Elle s’insurge ainsi de la « tendance répressive et de la diabolisation de la presse autant par le pouvoir que par l’opposition ».

Dans cette optique, la coordination appelle les défenseurs des libertés à faire face à la tentative d’intimidation et du musellement de la presse. Elle invite, de même, à lutter contre les dérives totalitaires de l’Etat du Sénégal. (SPG/2022)

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