UKRAINE: vague de perquisitions contre la corruption

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KIEV, 2 FÉVRIER (ASPAMNEWS)- L’Ukraine a lancé mercredi une vague de perquisitions anticorruption visant administrations, fonctionnaires et personnalités, les autorités assurant faire de la lutte contre les détournements une priorité dans le contexte de l’effort de guerre et de l’aide occidentale. 

David Arakhamia, chef du parti du président Volodymyr Zelensky, a annoncé sur Telegram qu’avaient été visés le milliardaire Igor Kolomoïski, l’ex-ministre de l’Intérieur Arsen Avakov et le fisc ukrainien, tandis que la Direction des douanes a été limogée. De hauts responsables du ministère de la Défense ont également reçu la visite d’enquêteurs.

« Le pays va changer avec la guerre et si quelqu’un n’est pas prêt au changement, l’État viendra le faire changer », a insisté David Arakhamia, faisant allusion au mal endémique de la corruption. Ces descentes interviennent une semaine après le limogeage d’une série de hauts responsables dans la foulée d’une affaire de corruption concernant des approvisionnements de l’armée, premier scandale d’ampleur depuis l’invasion russe il y a près d’un an.

En outre, Kiev accueille vendredi un sommet avec l’UE qui a fait de la lutte anticorruption une condition à l’accession de l’Ukraine au bloc européen.

Perquisitions chez des proches de Zelensky

Les autorités ukrainiennes, dont l’effort de guerre dépend en large partie du soutien militaire et financier de l’Europe et des États-Unis, sont également au défi de juguler les manigances financières pour ne pas écœurer les alliés. Les enquêteurs des services de sécurité ukrainiens (SBU) ont diffusé mardi des images de la perquisition chez Igor Kolomoïski, dans le cadre d’une affaire de détournement de 40 milliards de Hryvnia (un milliard d’euros environ au taux actuel) impliquant des compagnies pétrolières.

Ce milliardaire à la réputation sulfureuse et sanctionné par les États-Unis fut proche de Volodymyr Zelensky, avant que ce dernier ne prenne ses distances. Le Bureau d’enquête d’État a quant à lui effectué des perquisitions dans les services des impôts, accusant « le chef du bureau du fisc de Kiev de machination à des fins d’enrichissement à hauteur de plusieurs millions de dollars ».

Enfin, des enquêteurs ont remis à de hauts responsables du ministère de la Défense des notifications faisant officiellement d’eux des suspects.

Préserver la confiance de l’Occident

La semaine dernière, sur ordre de Volodymyr Zelensky, de hauts responsables de l’administration présidentielle et de ministères, des gouverneurs et des procureurs avaient été contraints au départ après avoir été mêlés à des affaires louches. Quelques jours plus tôt, un scandale avait éclaté, après des révélations sur un contrat à des prix présumés surévalués concernant les produits alimentaires destinés aux soldats dans plusieurs régions.

Si cela ne semble pas être le cas dans cette affaire, les Occidentaux verraient d’un très mauvais œil que les milliards d’aides versés depuis un an pour repousser l’envahisseur russe puissent être détournés. Kiev est aussi engagé dans une course contre la montre pour obtenir des armements plus puissants. L’Ukraine veut en particulier des missiles de haute précision d’une portée de plus de 100 kilomètres pour détruire les lignes d’approvisionnement et les dépôts de munitions russes afin de surmonter son déficit en nombre d’hommes et en armement.

Jusqu’ici, les Occidentaux ont refusé de livrer ces systèmes et des avions, de crainte de provoquer une nouvelle escalade russe. Mais le président américain Joe Biden a indiqué mardi qu’il allait en discuter avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. Déjà, après de longues tergiversations, Européens et Américains ont donné leur feu vert ce mois-ci à des livraisons de chars lourds modernes, même si leur nombre reste à ce stade en deçà de ce que réclame Kiev.

De nombreux observateurs jugent que Kiev comme Moscou préparent pour la fin de l’hiver ou le printemps de nouvelles offensives. Après une série de revers humiliants à l’automne, la Russie a mobilisé des centaines de milliers de réservistes.

«Plus que nous »

L’armée, associée au groupe paramilitaire Wagner, a récemment intensifié les combats, notamment pour prendre Bakhmout, ville de l’est qu’elle pilonne depuis l’été. Ces dernières semaines, Moscou a même revendiqué la prise de plusieurs localités avoisinantes. Plus au sud, ils ont aussi entrepris une offensive sur Vougledar. « Plus le temps passe, plus la situation empire », a dit à l’AFP Oleksandre, 45 ans, un soldat ukrainien qui tire des mortiers depuis son poste installé à cinq kilomètres de cette ville.

Roman, le commandant de 35 ans de l’unité, assure tenir, mais note être en infériorité. « La situation est devenue très, très tendue », reconnaît-il. « Ils ont de l’équipement, ils ont des armes et ils ont plus de monde que nous. » De son côté, la Russie martèle qu’elle poursuivra coûte que coûte son assaut, assurant aussi que la livraison de missiles de plus longue portée à l’Ukraine ne changerait pas la donne. « Cela impliquerait pour nous des efforts supplémentaires, mais ça ne changera pas le cours des événements », a estimé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. (APF/2023)

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