ALLEMAGNE/RELIGION: jusqu’à 9355 mineurs potentiellement abusés sexuellement au sein de l’église protestante

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BERLIN, 26 JANVIER (ASPAMNEWS)- Une étude inédite sur les violences sexuelles au sein de l’Église protestante allemande a été rendue publique, jeudi 25 janvier. Et, le chiffre est alarmant. En effet, il seraient 9355 mineurs à être agressés sexuellement au sein de l’Église protestante allemande.

Un rapport de 800 pages qui fait froid dans le dos. Jusqu’à 9.355 mineurs pourraient avoir été abusés sexuellement au sein de l’Eglise protestante allemande, selon une estimation rendue publique ce jeudi lors de la publication d’un rapport présenté à Hanovre (nord) par des chercheurs.

Selon ce rapport, 2225 cas de violences sexuelles ont pu être comptabilisés, impliquant 1259 coupables, écrivent-ils, estimant que ce nombre n’est que le « sommet de l’iceberg » car ils n’ont pas pu étudier tous les dossiers. Selon l’estimation établie par Harald Dressing, chercheur à l’institut central pour la santé mentale de Mannheim (ZI), le nombre de coupables potentiels pourrait s’établir à 3500.

Commandé par l’Église protestante allemande, ce rapport de plus de 800 pages a été établi par des experts de différentes universités et instituts allemands. Selon Harald Dressing, l’Église protestante allemande fait moins bien que sa cousine catholique dans l’étude des cas d’agressions sexuelles, qui a pourtant elle-même été très critiquée. « Quand on compare les deux, l’Église protestante fait moins bien« , a affirmé Harald Dressing, lors de la conférence de presse de présentation, pointant du doigt le manque de documents fournis pour l’étude.

Potentiellement plus de 9 000 victimes

Seule une Église locale a ouvert ses données, ce qui leur a permis de faire remonter 57 % d’auteurs présumés et 74 % de victimes en plus. Reportée sur l’ensemble des 20 Églises locales, cela permettrait de comptabiliser 9 300 victimes potentielles et 3 500 auteurs. « À partir d’aujourd’hui, l’illusion selon laquelle les cas de violences sexuelles à grande échelle n’ont existé que dans l’Église catholique ne tient plus », a constaté Detlev Zander, porte-parole des victimes.

Le rapport met aussi en avant des spécificités liées à l’EKD. Si les questions de morale sexuelle et du célibat des prêtres ne se posent pas pour les protestants, celle de « l’abus de pouvoir des pasteurs » est centrale, tout comme « la confusion entre les tâches professionnelles et la vie privée » de ces derniers, pour Martin Wazlawik. 

« La conception égalitaire de la communauté selon laquelle le pasteur ne gouverne pas seul est remise en cause dans la pratique », estiment les chercheurs qui pointent aussi « l’habileté rhétorique et la compétence d’interprétation théologique des pasteurs » pouvant devenir « un outil de manipulation ». « Pour une Église comme l’EKD qui se veut celle de la Parole, cela représente un vrai défi », commente Martin Wazlawik.

« Un changement culturel est nécessaire »

Le retard pris par l’EKD dans la prise de conscience de l’ampleur du phénomène serait aussi lié à l’idée que cela concernait surtout l’Église catholique. Conséquence, les autorités protestantes auraient limité ce problème à des cas individuels, d’autant que l’EKD se veut une Église participative et réformiste.

Pour les chercheurs, le fait de vouloir « éviter les conflits » et « rechercher une harmonie rapide » favoriserait par ailleurs la recherche du pardon envers les auteurs, souvent au détriment du travail avec les victimes.

Autre problème enfin : la structure fédérale de cette Église pousserait à la délégation et à la dilution des responsabilités en cas de problème. « Non, ce ne sont pas des cas particuliers, a constaté Kirsten Fehrs. L’EKD a bel et bien des structures qui protègent les coupables (…). Un changement culturel est nécessaire. »

Commandé par l’Eglise protestante allemande, ce rapport a été établi par des experts de différentes universités et instituts allemands. Selon Harald Dressing, qui pourtant pointe du doigt le manque de documents fournis pour l’étude, l’Eglise protestante allemande fait moins bien que sa cousine catholique dans l’étude des cas d’abus sexuels, qui a pourtant elle-même été très critiquée.

Dans l’Eglise catholique allemande, une enquête universitaire, publiée en 2018, avait dévoilé que 3.677 enfants avaient subi des violences sexuelles perpétrées par des membres du clergé entre 1946 et 2014. Comme pour l’Eglise protestante, le nombre réel des victimes est jugé plus élevé, les auteurs du rapport n’ayant pas eu accès à toutes les archives de l’institution. (SHF/2024)

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