affaire des bases militaires françaises: Niamey accuse, Cotonou réagit

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COTONOU, 14 MAI (ASPAMNEWS)- La situation devient de plus en plus tendue entre le Bénin et le Niger qui accuse le pays de Patrice Talon d’abriter une base militaire française qu’il soupçonne de complicité avec les groupes armés terroristes. Le Niger justifie ainsi le maintien de la fermeture de sa frontière avec le Bénin. Mais Cotonou dément toute présence militaire française sur son sol.

Après la sortie médiatique du président béninois Patrice Talon, appelant son homologue nigérien à rouvrir leur frontière commune, si Niamey veut exporter son pétrole depuis le port béninois de Sèmè Kpodji, la partie nigérienne a réagi par le truchement de son Premier ministre.

« Nous avons souverainement décidé de garder notre frontière fermée avec le Bénin pour la bonne et simple raison que nos anciens amis, que sont les Français, sont revenus sur le territoire béninois après leur départ du Niger », a déclaré Ali Mahamane Lamine Zeine le 11 mai dernier.

Le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, dans une sortie médiatique a rétorqué que le président de la transition nigérienne, le général Abdourahamane Tiani, n’avait qu’à « envoyer tout ce qu’il a comme médias indépendants au Niger » pour qu’« on leur fasse visiter le Bénin, depuis Cotonou jusqu’à Malanville, en passant par tous les coins, les axes frontaliers et ils regarderont s’il y a une base ».

« Une base militaire, ce n’est pas une aiguille dans une botte de foin quand même. Il peut déployer les moyens satellitaires qu’il veut, avec ses alliés militaires du moment, pour venir voir si on a une base ici », a-t-il martelé.

« Aucune base militaire au Bénin… »

La fake news liée à la présence de base militaire française au Bénin n’est pas nouvelle. Apparue depuis que les troupes françaises de la force Barkhane sont devenues indésirables dans le Sahel, cette infox a pris tellement de l’ampleur qu’elle a été déjà démentie plusieurs fois par les autorités béninoises et même françaises.

 « Non, il n’y a pas de base militaire française au Bénin. Non, il n’est pas envisagé la mise en place d’une base militaire française au Bénin », martelait en décembre 2023 le chef d’état-major général des forces armées béninoises, le général Fructueux Gbaguidi. C’était lors d’une conférence de presse conjointe à Cotonou, avec son homologue français, le général Thierry Burkhard, qui était en visite au Bénin.  

« Une base militaire, ça se décide à deux. Le Bénin n’a pas reçu de demande, le Bénin n’a pas fait de demande. Une base militaire est légale. Aucune loi n’a prévu la mise en place d’une base militaire française au Bénin. Une base militaire est physique avec des bâtiments, des armes lourdes, avec des aéronefs », a précisé le général Fructueux Gbaguidi.

« Il n’y a aucune velléité de l’armée française d’installer une base militaire au Bénin et il n’y a pas une demande des forces armées béninoises d’installation d’une mission permanente qui stationnerait ici », a ajouté son hôte et chef d’état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard. 

Bien avant, en octobre 2022, c’est le ministre béninois des affaires étrangères de l’époque, qui a démenti cette infox. « Je puis vous dire, contrairement à ce que certains affirment qu’il n’existe aucune base militaire étrangère au Bénin », avait déclaré Aurélien Agbénonci, lors d’une conférence de presse sur une visite de travail du président Patrice Talon aux Pays-Bas.

A en croire cette formation politique, la décision que le Président Patrice Talon a fermement martelée dans la presse est justifiée. “En ordonnant la suspension du chargement par navires dans ses eaux territoriales du pétrole brut produit par la République du Niger ainsi que l’exportation de ses produits vivriers notre Gouvernement n’a fait que prendre acte du maintien par le Niger de la fermeture de ses frontières pour en tirer les conséquences inévitables dans ses rapports avec les tiers.”

La position injustifiée des autorités nigériennes, les propos regrettables et les actes inamicaux qu’elles tiennent constamment à l’égard des autorités et de l’Etat béninois et qui sont stratégiquement amplifiés sur les réseaux sociaux fragilisent la solidité des liens séculaires indissolubles de fraternité entre les deux peuples et les deux gouvernements.”, peut-on lire dans le message signé du Secrétaire général Gérard Gbénonchi.

Se faire solidaire de Patrice Talon

Le parti Union Progressiste le Renouveau n’est pas le seul à réagir face aux accusations des nouvelles autorités nigériennes. Le parti Mouvement des Élites Engagées pour l’Émancipation du Bénin (Moele-Bénin), a aussi réagi à la crise que traversent actuellement le Bénin et le Niger.

Au micro de Crystal news, le président du parti Jacques Ayadji a vivement critiqué la position des autorités nigériennes en exhortant le peuple béninois à soutenir le président Patrice Talon.

Selon Jacques Ayadji, le Niger a clairement dépassé ses droits en décidant de transporter son pétrole via Sèmè-Podji sans l’approbation du gouvernement béninois.

« Non seulement, ils ont maintenu leurs frontières fermées et maintenant quand ils veulent envoyer des choses au Bénin, ils n’ont même pas eu la courtoisie de saisir le gouvernement du Bénin pour dire attention nous savons qu’il y a eu de telle situation pour certaines raisons, nous voulons que notre pétrole puisse franchir la frontière entre le Bénin et le Niger… », s’indigne le président de Moele-Bénin.

Selon lui, en déléguant cette responsabilité cruciale à une entreprise privée chinoise, le Niger a ainsi discrédité le Bénin à tous égards. C’est pourquoi il est indigné : « Tous les Béninois devraient être indignés par la position du Niger, qui traite notre pays et notre peuple comme sans valeur, à traiter de cette manière. »

Au cours de son discours, le Président du Mouvement des Élites Engagées pour l’Émancipation du Bénin a exhorté l’ensemble de la classe politique à mettre de côté leurs différences et à faire preuve de patriotisme. « Moi, je pense que c’est pas normal et nous devons, que nous soyons de l’opposition ou de la mouvance, quelle que soit notre sensibilité, on doit se mettre autour de notre président pour régler ce problème et après on peut tomber encore dans nos divergences », a suggéré Jacques Ayadji.

Le parti Les Démocrates pour des échanges respectueux entre les 2 Etats

A la faveur d’une session extraordinaire le vendredi 10 Mai, les responsables du parti Les Démocrates se sont penchés sur la crise qui secoue le Niger et le Bénin.

Selon le communiqué final lu par le chargé à la communication, Guy Mitokpè, « les récentes tensions entre nos deux pays ont été objet d’une profonde préoccupation pour le parti ». Allusion faite aux décisions prises par le président Patrice Talon et son gouvernement, le 6 mai 2024, de suspendre le chargement par navires dans les eaux territoriales nationales du pétrole brut produit par le Niger ainsi que l’exportation des produits vivriers du Bénin.

Le parti « Les Démocrates » exprime son regret à l’égard de « l’approche conflictuelle adoptée par le pouvoir de la rupture ». Il recommande « un dialogue respectueux des intérêts de toutes les parties, en particulier de l’aspiration fondamentale des peuples du Niger et du Bénin à la paix, sans ingérence extérieure, conformément au communiqué de la 1168ème réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine tenue le 14 août 2023 sur la situation du Niger ».

Yayi Boni et son parti estiment que le Bénin « gagnerait davantage à préserver les liens historiques de paix avec nos voisins, comme tous les présidents avant Patrice Talon nous l’ont enseigné. »

Le parti exhorte les parlementaires de tous bords « à aborder cette question vitale dans le partenariat historique qui a toujours lié ces deux nations. » Il en appelle à « une consultation responsable entre les gouvernements du Niger et du Bénin, sans aucune intention de confrontation. »

Rappelons que la tension entre le Bénin et le Niger, née au lendemain du coup d’Etat du 26 juillet 2023 qui a reversé le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, est marquée par une nouvelle séquence.

Lundi 6 mai 2024, le Bénin a décidé d’interdire ses eaux aux bateaux d’exportation du pétrole nigérien. Ce pétrole brut, faut-il le rappeler, écoulé via le pipeline Niger-Bénin, est stocké au terminal de Sèmè. Excellentes jusqu’au coup d’Etat contre Bazoum, les relations Bénin-Niger se sont détériorées avec l’application par le Bénin des sanctions de la Cedeao contre le Niger.

Les autorités béninoises disent avoir multiplié en vain les actions de normalisation de l’axe Cotonou-Niamey. Malgré les gestes de bonne foi du gouvernement béninois, le Niger a maintenu fermées ses frontières avec le Bénin. La junte est restée sourde aux différents appels des autorités béninoises.

« Je suis peiné par les relations tendues entre le Niger et le Bénin, deux pays amis et frères. Je saisis cette occasion pour leur adresser un message de fraternité et d’amitié, de solidarité et dire que le Bénin restera dans cette dynamique aussi longtemps que, eux, ils le voudront (…)Si vous voulez charger vos pétroles dans nos eaux alors vous devez considérer que le Bénin n’est pas un pays ennemi », a souligné le président béninois, Patrice Talon au lendemain de l’annonce du blocage du brut nigérien à Sèmè.(SPH/2024)

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