FRANCE: Grève du 7 mars, gigantesques mobilisations dans tous le pays contre la réforme des retraites

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PARIS, 7 MARS (ASPAMNEWS)-Pour cette sixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, un cortège long et dense s’est mis en route à Paris, entre le boulevard Raspail et la place d’Italie. A Marseille, la question de la reconduction de la grève était sur toutes les lèvres dans le défilé. Les syndicats ont prévu de durcir le mouvement à partir de ce mardi, pendant que le projet de loi est débattu au Sénat.

Les syndicats ont promis une mobilisation d’ampleur ce mardi, en préalable de grèves reconductibles dans de nombreux secteurs. Des blocages ont été entrepris dès lundi soir et se sont poursuivis pendant la nuit.

Des cortèges sont prévus dans plus de 200 villes de France. A Paris, les manifestants se sont élancés à 14 heures depuis le boulevard Raspail, avec une arrivée prévue place d’Italie vers 19 heures.  Le Sénat, à majorité de droite, poursuit l’examen du texte. Depuis jeudi, les sénateurs ont déjà voté les quatre premiers articles, sur la suppression de certains régimes spéciaux et la création d’un «index seniors» dans les entreprises. L’article 7, qui repousse de 62 à 64 ans l’âge de départ à la retraite, pourrait être examiné dès aujourd’hui.

L’immense cortège parisien avance à petits pas et dans une bonne ambiance, à l’image des précédentes marches contre la réforme des retraites. Quelques familles ont fait le déplacement, en pleine semaine. Des enfants mangent et dansent au rythme des sonos syndicales. 

Jusqu’à l’arrivée à l’angle du boulevard de Port-Royal et de la rue de la Santé, face au Val-de-Grâce. Premier arrêt de la journée. Une centaine de jeunes couverts de noir ont pris à partie des forces de l’ordre massées dans la rue adjacente au tracé de la manifestation. De nombreux morceaux de bois, pierres et pavés ont été lancés. La marche reprend avec départ des policiers. Avant de nouvelles échauffourées un peu plus loin.

Marseille, le 07 mars 2023. Danses avant le départ du cortège.

Julie est derrière. Présente comme à toutes les mobilisations face à ce projet de loi. Sa retraite ne l’occupe pas vraiment : des choix de carrière lui font dire qu’elle n’en aura pas le droit, ou très tard. La trentenaire, salariée d’un centre d’art contemporain en Île-de-France, est bien plus motivée par le besoin de porter la voix de la culture, « de ses précarités et de son invisibilité aujourd’hui en politique ». « Mettre le pays à l’arrêt » est pour elle une « nécessité ». Efficace ? « Les gilets jaunes à l’époque avaient eux aussi bloqué à l’époque. Et puis… Le système n’a pas bougé pour autant. »

Le durcissement du mouvement n’en paraît pas moins indispensable pour Julie. « Que faire d’autre contre un gouvernement plus sourd que jamais ?  » « Il faut créer des espaces de lutte et discussion dans la rue, car c’est là que le débat a lieu maintenant, développe-t-elle. Demain, c’est la journée [internationale des droits] des femmes, après, celle de l’écologie. Si ce mouvement pouvait au moins permettre des échanges entre les gens, entre les causes… Car tout se rejoint : l’opposition contre une vision capitaliste, celle de l’homme fait pour travailler et rien d’autre. »

A Bordeaux, «du jamais vu, surtout avec cette pluie». Mobilisation historique à Bordeaux où l’intersyndicale revendique environ 100 000 manifestants contre 15 600 selon les chiffres de le pref. «Une insulte à tous les manifestants. Ça décrédibilise la parole de l’État. Après on s’étonne d’entendre des discours complotistes», s’indignent Adrien et Cyril, deux trentenaires qui bossent dans le milieu de l’information, croisés en fin de cortège.

«C’est du jamais vu à Bordeaux, surtout avec cette pluie. De mémoire de militants, aucune manif n’a jamais dépassé les 80 000 en Gironde», abonde Christophe Garcia, délégué CGT énergie 33. Un nouveau rassemblement est déjà prévu mercredi pour consolider le mouvement. «On donne aussi rdv aux manifestants jeudi, à 7 heures, pour occuper le site Enedis de Bordeaux lac, l’un des plus gros sites de la métropole», prévient le Cgtiste. Par notre journaliste Eva Fonteneau.

La mobilisation s’invite aussi à l’Assemblée nationale. Qui dit mardi au Palais Bourbon, dit questions au gouvernement. Et qui dit questions au gouvernement un jour de grève dit interpellation sur la si décriée réforme des retraites. Dès le début de la séance, le député insoumis Manuel Bompard s’est chargé de faire entrer la mobilisation dans l’hémicycle. 

«Ce mardi 7 mars fera date dans l’Histoire de France. Des plus petites communes aux grandes métropoles, c’est le pays tout entier qui se lève. Nous vivons la plus grande journée de grève et de manifestation depuis 50 ans» a-t-il lancé. Le patron de LFI a également pointé l’opiniâtreté de la Première ministre malgré les grèves massives dans le pays.

«Vous faites la sourde oreille, vous ignorez, vous mentez, vous misez sur le découragement, vous montrez du doigt ceux à qui vous n’avez laissé d’autre choix que la grève, vous tentez de dresser les français les uns contre les autres, vous faites du mal à un pays qui souffre déjà beaucoup, vous êtes irresponsable», a-t-il cinglé demandant.

«Combien de temps [elle allait] faire payer au pays [son] entêtement ?» Comme toujours, la réponse est venue du ministre du Travail Olivier Dussopt. «Vous appelez au blocage, à mettre l’économie à genoux, mais c’est mettre les travailleurs et les classes modestes à genoux, c’est mettre en difficulté les petites entreprises et les plus fragiles», a-t-il rétorqué reprenant mot-pour-mot les éléments de langages gouvernementaux. Par notre journaliste Sacha Nelken.

Gare de Lyon, la grève reconduite à l’unanimité. Une forêt de doigts levés et un décompte à l’envolée. La tête enfouie dans un col roulé, Rida dresse un bras assuré en faveur de la reconduction du mouvement demain et plaisante : «Ceux qui veulent arrêter, cachez-vous !» Lors de la mobilisation de 2019, l’agente commerciale SNCF de 48 ans l’assure avec fierté : elle avait fait les deux mois de grève.

Alors cette fois, celle qui devra peut-être partir à la retraite à 64 ans pour 1 200 euros par mois ne lâchera pas de sitôt. «Je ne vais pas faire les rondes dans les trains en déambulateur quand même ?» sourit-elle, un brin amer, sous son petit bonnet de laine. Son sourire s’estompe toutefois lorsqu’elle évoque ses enfants, eux aussi «dans la galère»«Ce n’est pas envisageable que ce soit eux qui me prennent en charge plus tard.» Elle baisse le bras et le crachotement du micro reprend. Au total : 127 votes pour la reconductible, 0 abstention, 0 votes contre. Par notre journaliste Elise Viniacourt.

A Marseille, «16-64, c’est ma bière, pas ma retraite». Devant la mairie, le quai du Vieux-Port est noir de monde. Peut-être la faute au grand soleil ou à la foule qui n’arrête pas d’affluer. Quant au cortège, qui devait démarrer à 10 h 30, il n’avait pas commencé à bouger à 11 h 30.

Le temps d’attendre, on s’ambiance et on danse. Un flash mob devant la mairie, un bras dessus dessous quelques mètres plus loin. «Le gouvernement est prévenu, on est en forme !» se marre une danseuse à la retraite, pendant que son voisin craque un fumigène. Sur une pancarte, un autre a écrit : «16-64, c’est ma bière, pas ma retraite.» Par notre journaliste à Marseille, Stéphanie Harounyan.

Selon le ministère de l’Education nationale, le mouvement contre la réforme des retraites est suivi par 35,35 % de professeurs dans l’élémentaire et 30,09 % dans le secondaire. C’est plus que lors des dernières journées de mobilisation mais moins que le 19 janvier dernier (avec 42,35 % dans le premier degré et 34,66 % dans le second). Le Snes-FSU, principal syndicat du secondaire, avance le double avec 60 % de grévistes dans les collèges et les lycées. Côté lycéens, la Voix lycéenne et la Fidl comptent entre 300 et 400 lycées bloqués, dont 40 en Ile-de-France.

Dans toute la France, les manifestants sont sortis massivement pour dire non contre la réforme des retraites de Macron. (LMD/2023)

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