SÉNÉGAL: Le président Macky Sall et son instrument « justice » pour éliminer ses opposants

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DAKAR, 9 MAI (ASPAMNEWS)- Il est vrai que le président Macky Sall a été victime, dans l’histoire politique du Sénégal, des textes et des lois. Président de l’Assemblée Nationale sous la présidence de Wade, Macky Sall avait exigé du fils du président Wade, Karim Wade de faire le compte de la gestion de la GC et le Sommet de l’Oci, en octobre 2007. Macky Sall est sanctionné par la majorité présentielle en voyant son mandat à la tête de l’Assemblée se réduire à un an. La loi Ezzan relative à l’amnistie politique s’y est ajoutée. Cette loi offrant l’impunité à tous les crimes politiques commis entre 1993 et 2004 en relation avec les élections. Arrivé au pouvoir, Macky Sall n’a cessé d’utiliser presque la même méthode pour exclure ses opposants du fauteuil présidentiel. De Khalifa Sall en passant par Karim Wade et maintenant Ousmane Sonko, la méthode est identique: on active des affaires qu’on soumet à « dame justice », la prison par la suite et invalidation de candidature.

Depuis que Macky Sall est arrivé au pouvoir, il n’a jamais cessé de manipuler ou de mettre la justice dans ses bottes. Il fait semblant souvent d’être loin de ses affaires mais en réalité, c’est lui qui tient le gouvernail. Aidé par des malhonnêtes de juges et de quelques politicards ventrus, le tour est joué pour exclure ses potentiels virulents opposants.

Tout commence d’abord par le maire d’alors de Dakar Khalifa Sall. Le maire avait une popularité requise et, cela faisait peur au camp APR au pouvoir. Qu’est-ce qu’il faut faire? A cette question, la machine à éliminer à été mise en marche. Le 7 mars 2017, la carrière politique de Khalifa Sall a basculé. Accusé de détournement de deniers publics et de divers autres délits, suite à un audit de l’Inspection générale de l’Etat (IGE) dans les comptes de la mairie de Dakar, Khalifa Sall a été mis en prison à Rebeuss, à Dakar.

Depuis l’ouverture du réquisitoire et des plaidoiries du procès Khalifa Sall – dit de la caisse d’avance, les avocats des deux parties ont pour la majorité subi les remontrances du juge Malick Lamotte, entre mises en garde et expulsions. En effet, le juge Lamotte a eu à expulser deux avocats : Maître El Hadj Diouf et la partie civile et Me Ousseynou Fall, de la défense. Ce dernier a été réintégré après une intervention du bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal, qui a néanmoins entériné la récusation de Me Diouf pour des raisons déontologiques.

Le juge Malick Lamotte ne s’est pas arrêté là. Il a aussi réussi à dompter le public, presque entièrement composé de militants de Khalifa Sall. Très agités les premiers jours, ils ont finalement cédé face à la menace du juge de faire tenir le procès à huis-clos. Lors d’une audience, il avait même ordonné l’expulsion des personnes assises au premier rang, qui avaient applaudi après une plaidoirie.

La justice à solde du président

Les avocats de Khalifa Sall ont aussi plaidé le « procès politique ». Pour eux, c’est l’État qui a politisé le procès en utilisant ses services pour mener « une véritable escroquerie processuelle ». « Si l’État s’était tenu à carreaux, personne ne parlerait de procès politique, mais de procès de droit commun », a poursuivi Me Gaye.

Le rôle joué par l’État a même entraîné le non-respect d’un règlement de l’UEMOA sur la présence de l’avocat auprès de son client à toutes les étapes de la procédure. L’AJE et ses avocats « étaient là pour dire des choses qui n’ont rien à voir avec ce procès », a accusé Me Diao.

L’État est « un boxeur à terre, en train d’être compté, qui tente de lever le doigt pour dire qu’il peut encore se battre », a raillé de son côté Ousseynou Gaye dans un plaidoirie vivement critiquée par le juge Malick Lamotte, qui lui a reproché des propos « agressif, d’une violence inouïe dans un prétoire ». Une remontrance qui a soulevé l’ire de tous les avocats, qui critiquant ce qu’ils ont qualifié d’atteinte à leur liberté de plaidoirie.

Au terme d’un procès qui aura duré près de deux mois et demi, Khalifa Ababacar Sall, député et maire de Dakar, a été condamné à 5 ans de prison ferme dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de la capitale sénégalaise.

Khalifa Sall sera gracié en septembre 2019. Une « remise totale des peines principales » à l’ancien maire de Dakar et à deux de ses coaccusés. Cette grâce ne concerne que la peine de prison. Le Conseil constitutionnel va rejeter sa candidature à la présidentielle. Le tour est joué.

Avant Khalifa Sall, Macky a utulisé la justice pour régler ses comptes politiques. En ce moment, c’était Mimi Touré qui était au front dans le compte de Macky Sall. Le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade était accusé d’avoir illégalement acquis 178 millions d’euros par le biais de montages financiers complexes.

La Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), une juridiction spéciale sénégalaise, a condamné Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, à une peine de six ans d’emprisonnement et à une amende de 138 milliards de francs CFA (209 millions d’euros).

Il était accusé d’avoir illégalement acquis 178 millions d’euros par le biais de montages financiers complexes du temps où il était conseiller puis ministre de son père, ce qu’il nie. Son patrimoine comprend, selon l’accusation, des sociétés au Sénégal et l’étranger, des comptes bancaires, des propriétés immobilières et des voitures. Le parquet avait requis contre lui sept ans de prison.

Les mois ont passé, Karim Wade est en prison. Karim Wade est déjà couché quand le colonel Daouda Diop, directeur de l’administration pénitentiaire, et le directeur de la maison d’arrêt, Lamine Diop, font irruption, vers 22 heures un 6 juin 2016. « Vous serez libéré cette nuit », lui annoncent les deux officiels. Depuis trois semaines, au Sénégal, les rumeurs vont bon train.

Un passeport créé en une nuit

Vers 23 heures, les deux hommes sont de retour dans la cellule, accompagnés d’un agent du ministère des Affaires étrangères équipé d’une valise métallique imposante. « Ils l’ont informé qu’ils avaient ordre de lui établir le soir même un passeport diplomatique », assure un proche de Karim Wade. Les photographies d’identité et la prise d’empreintes digitales sont donc effectuées dans la prison de Rebeuss, à quelques dizaines de minutes de sa libération. « Ils ont fait de lui, en une nuit, leur ambassadeur au Qatar », ironise l’un de ses amis en évoquant ce passeport diplomatique inattendu.

La suite est connue. Vers 1 h 30 du matin, soucieuses d’éviter un attroupement populaire et la curiosité des médias, les autorités sénégalaises lancent un leurre. Tandis qu’un 4×4 aux vitres teintées s’engouffre à vive allure sur la corniche ouest, qui borde la prison de Rebeuss, c’est dans le véhicule du directeur de la maison d’arrêt que Karim Wade est discrètement exfiltré de son lieu de détention, via une porte dérobée.

Empruntant les ruelles des quartiers populaires de Gueule-Tapée et de la médina, le véhicule gagne ensuite la route de Ouakam pour arriver finalement aux Almadies, chez l’avocat Madické Niang, ancien ministre et homme de confiance d’Abdoulaye Wade, très introduit à Touba, la capitale du mouridisme.

Le temps de recevoir les bénédictions adressées, via son fils Serigne Moustapha Mbacké, par l’autorité religieuse la plus influente du pays, et Karim Wade reprend la route jusqu’au tarmac de l’aéroport, où l’attend un jet affrété par les autorités du Qatar. Il est accueilli par le procureur général de l’émirat, tandis que les autorités pénitentiaires sénégalaises l’escortent jusqu’à la passerelle, comme les videurs d’une boîte de nuit raccompagneraient un client indélicat. Fin du premier acte. Fin du film!

Karim Wade en exil politique. Il ne pourra plus être candidat à la présidentielle. Macky Sall a un temps soit peu enlevé une épine qui l’empêchait de bien marcher. Karim n’est plus à Dakar, Macky peut soupirer et cette fois-ci bien marcher.

Avec Ousmane Sonko, Macky Sall avait d’abord utilisé la force brute. Mais mal lui en a pris. Dans l’affaire d’un présumé viol, la population a crié à l’injustice. Une femme qui dit être violée à plusieurs reprise et même être enceinte, mais le ventre n’est jamais sorti. Le bébé a disparu par quelle alchimie, on ne sait.

Comme si cela ne suffisait pas, il faut tout faire pour invalider la candidature d’Ousmane Sonko. Dame justice est mise en branle depuis, mais ne trouve toujours pas la formule « chimico-juridique » pour atteinte, que dis-je? pour éteindre l’élan de Sonko. Tout prétexte est bon. Alors Mbaye Niang est mis devant. Il accuse Ousmane Sonko de diffamation. Le tour est joué.

Ruse de Macky Sall pour en finir avec son adversaire politique. L’issue de l’audience en appel dans l’affaire de «diffamation et injures publiques» l’opposant au ministre du Tourisme sénégalais, Mame Mbaye Niang, a été fatale pour l’opposant Ousmane Sonko, qui, en première instance, avait écopé d’un sursis de deux mois. Bien que le leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) a brillé par son absence au procès, la Cour d’Appel a prononcé le verdict qui pourrait écourter, pour de bon, ou tout au moins la mettre entre parenthèses, la carrière politique du maire de Ziguinchor.

Condamné à 6 mois de prison avec sursis, l’un des champions de la plus grande coalition politique Yewwi Askan Wi, si les choses demeurent en l’état, sera aussi condamné à dire adieu à la présidentielle de 2024 pour laquelle il s’est aligné. A en croire certains bookmakers politiques et les friands de la jauge de popularité, Ousmane Sonko, embarqué dans une spirale de procès, serait, du reste, un favori incontestable de cette course au fauteuil de Macky Sall, le président sénégalais sur qui pèse de forts soupçons de vouloir tenter un 3e mandat.

Sauf que son ambition fort logique d’aller à l’assaut du palais présidentiel, par urnes interposées, est loin, pour l’instant en tout cas, de porter bonheur au fougueux opposant de Macky Sall. Car la Cour qui a également confirmé le montant des dommages et intérêts fixé en première instance à «200 millions francs CFA» et que Ousmane Sonko doit payer à la partie adverse, est, ni plus, ni moins, en train de sceller le sort de l’homme en pleine ascension politique, le conduisant vers l’inéligibilité, si la condamnation est définitive. Mais, l’opposition qui voit en ces procès un fouet tenu par le pouvoir de Dakar pour flageller son champion, et le sortir de la course au fauteuil présidentiel, n’a visiblement pas dit son dernier mot!

Malgré le dispositif sévère mis en place par le pouvoir pour la contraindre au silence, l’opposition n’entend pas baisser les bras face à ce qu’elle qualifie de montage judiciaire grossier. Elle annonce déjà une marche pour ce vendredi. Car bientôt, le poil à gratter de Macky Sall, qui refuse d’être transformé en locataire du palais de justice, évoquant, des risques d’insécurité pour sa personne, devra, une fois de plus, affronter la justice de son pays.

Cette fois-ci, Ousmane Sonko sera appelé à la barre, en principe le 16 mai prochain, dans cette affaire sulfureuse dans laquelle il est accusé de viols par une ancienne masseuse, du nom de Adji Sarr. Mais cette date est très redoutée, de Dakar à Ziguinchor, car pouvant accélérer l’explosion de la cocotte-minute qu’est devenu le Sénégal. En effet, le pays est plongé dans un cycle interminable de procès qui concourent à mettre les opposants de calibre XXL hors-jeu. L’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall et l’ancien «ministre de la terre et du ciel», Karim Wade, le fils de l’autre, peuvent en témoigner.

Dans le même temps, la terre de la Teranga est chauffée à blanc par les partisans du «non» au 3e mandat qu’ils accusent Macky Sall de vouloir briguer. Ce dernier ne faisant rien pour faire tomber cette intention diabolique, il faut craindre le pire pour le Sénégal, au fur et à mesure qu’approche février 2024, la date prévue pour la présidentielle. Comment désamorcer cette nouvelle bombe dans un Sénégal considéré comme le phare de la démocratie, mais qui s’est toujours amusé à se faire peur, quand s’annonce l’élection présidentielle?

 «Les chances de voir Sonko participer à l’élection présidentielle sont compromises avec cette condamnation» avec «le Code (électoral), qui prévoit une radiation des listes électorales avec une peine supérieure ou égale à six mois avec sursis». Un verdict que condamnent les souteneurs de Ousmane Sonko en le qualifiant de verdict «inique». «Je m’insurge contre le verdict inique contre Ousmane Sonko dont l’objectif est de l’empêcher d’être candidat à l’élection présidentielle. Je lui exprime toute ma solidarité et appelle les démocrates à se mobiliser contre la régression démocratique sans précédent dans notre pays», a réagi l’ancienne Première ministre, Aminata Touré, qui l’a fait savoir.

Dans le même sillage, des membres de Yewwi askan wi ont tenu aussi à dénoncer le verdict de la Cour d’appel de Dakar contre Ousmane Sonko. C’est le cas de Malick Gackou, président du Grand parti (Gp). «Je dénonce, avec la dernière énergie, ce verdict inique renforçant la peine contre le Président Ousmane Sonko. Cette sentence, qui est le reflet de la volonté de le rendre inéligible, sera combattue par les Forces vives, au nom de la sauvegarde et de la pérennisation de la Nation sénégalaise. Nous renouvelons notre soutien indéfectible au Président Sonko et resterons déterminés ensemble pour la victoire du Peuple contre les forces d’inertie», a commenté Malick Gackou, suite à l’annonce du verdict du procès en Appel pour diffamation Mame Mbaye Niang-Ousmane Sonko.

Déthié Fall, leader du Parti républicain pour le progrès (Prp), a affiché son soutien à Ousmane Sonko face au régime en place, qui chercherait à «lui barrer la route» en vue de la prochaine Présidentielle de 2024. «J’apporte aujourd’hui plus que jamais ma totale solidarité à mon ami et frère le président Ousmane Sonko. Restons plus que jamais mobilisés contre la tentative du Président Macky Sall d’écarter encore un candidat à la prochaine Présidentielle», a dit Diéthé Fall.

D’après Pr Iba Barry Camara, la peine infligée au président de Pastef ne l’exclut pas d’office du peloton des prétendants à la succession de Macky Sall le 25 février prochain. «D’abord, indique le spécialiste dans L’Observateur, il faut avoir l’intégralité de la décision pour savoir ce que le juge a retenu exactement, s’il y aura inéligibilité ou non. Parce que ce n’est pas simplement parce que le juge a retenu une peine d’emprisonnement qu’il a aggravée à six mois avec sursis que l’on peut dire effectivement qu’il est devenu inéligible.»     

Pr Camara développe : «Le juge peut bien, après avoir prononcé la décision avec une peine de six mois avec sursis, dire que ses droits civiques et politiques ne lui sont pas retirés. Il faudrait avoir l’avis du juge parce qu’il peut démentir le Code électoral. Dans sa décision, lorsque le juge dit, après avoir prononcé la peine de six mois avec sursis, que les droits civiques et politiques d’Ousmane Sonko sont maintenus, à ce moment-là, le Code électoral ne va pas s’appliquer.»     

L’expert ajoute que si, en revanche, le juge ne se prononce pas sur les droits civiques et politiques de Sonko, les dispositions pertinentes du Code électoral s’appliquent. «On aura droit à une décision rendue en appel, c’est-à-dire en dernier ressort, précise le juriste. Ce qui signifie que quelle que soit la situation, Ousmane Sonko pourrait perdre son droit de s’inscrire sur les listes électorales. Mais il ne sera définitivement fixé sur son sort que lorsqu’il aura épuisé toutes les voies de recours.»

Ousmane Sonko dispose, en effet, d’une deuxième chance de prendre part à la présidentielle de 2024, malgré le verdict de la Cour d’appel. «Il lui reste le pourvoi en Cassation, rappelle Pr Iba Barry Camara. Maintenant c’est lorsque la Cour suprême aura définitivement et irrévocablement statué qu’on pourra apprécier les conséquences de cette décision.» (SPM/2023)

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