NIGER: l’expulsion de l’ambassadeur de France ordonnée

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NIAMEY, 31 AOÛT (ASPAMNEWS)-Les militaires au pouvoir au Niger ont ordonné, ce jeudi 31 août 2023, l’expulsion de l’ambassadeur de France, Sylvain Itté, dans une lettre adressée au ministère français des Affaires étrangères. Ainsi, la brouille diplomatique entre la France et le Niger, où des militaires ont renversé fin juillet le président Mohamed Bazoum, vient de franchir un nouveau palier.

Les militaires putschistes du Niger disent avoir «instruit les services de police de procéder à l’expulsion» de l’ambassadeur de France, Sylvain Itté. Cette décision a été notifiée ce jeudi 31 août 2023, dans une correspondance adressée au ministère français en charge des Affaires étrangères.

Dans leur lettre, les militaires notent que l’ambassadeur français «ne jouit plus de privilèges et immunités attachés à son statut» ajoutant que ses «cartes diplomatiques et visas ainsi que ceux des membres de sa famille sont annulé».

La décision des nouveaux hommes forts de Niamey intervient après l’expiration d’un ultimatum lancé au diplomate français qui avait été sommé, le 25 août dernier, de quitter le Niger dans un délai de 48 heures.

Visas annulés

Selon ce courrier, l’ambassadeur Sylvain Itté «ne jouit plus de privilèges et immunités attachés à son statut de membre du personnel diplomatique de l’ambassade de France». «Les cartes diplomatiques et les visas de l’intéressé et des membres de sa famille sont annulés», précise la lettre, qui indique que «les services de police sont instruits afin de procéder à son expulsion». 

Une menace qui risque d’accentuer le bras de fer entre les deux pays et fait craindre de possibles débordements autour de l’ambassade de France dans la capitale nigérienne, devant laquelle plusieurs manifestations se sont déjà tenues.

En vertu de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques, adoptée en 1961, le territoire d’une ambassade est inviolable et ne peut faire l’objet d’aucune intrusion du pays sur lequel elle se trouve, hors autorisation préalable.

Soutien indéfectible des jeunes aux putschistes

À Niamey, alors que plane toujours la menace d’une intervention de la force sous-régionale, les soutiens des militaires sont sur le pied de guerre. « C’est fatigant, mais on est prêts à tenir longtemps et, s’il le faut, prendre les armes », assure la jeune femme. Comme beaucoup, elle n’a aucune formation militaire. Pourtant, elle se dit « prête à apprendre » pour défendre son pays.

Le 3 août, quelques jours avant la fin de l’ultimatum fixé par la Cedeao pour un retour à l’ordre constitutionnel, la junte avait invité la population à « la vigilance » contre les « espions et les forces armées étrangères » et à rapporter « toute information relative à l’entrée ou au mouvement d’individus suspects ». Dans la foulée, plusieurs initiatives ont vu le jour aux ronds-points, sur la route de l’aéroport et aux entrées de la capitale.

Si, pour l’heure, la Cedeao privilégie encore la voie des négociations pour une sortie de crise pacifique, elle a averti qu’elle ne s’enliserait pas « dans des discussions interminables ». La junte, qui maintient son espace aérien fermé, se prépare discrètement au scénario du pire.

Dans un message transmis à la radio le 25 août, le chef d’état-major des armées du Niger a ordonné la mise en état d’alerte maximale de l’ensemble des forces pour « éviter une surprise générale » en cas d’attaque. Selon nos informations, un dispositif militaire a été renforcé dans le sud du Niger, à la frontière avec le Bénin.

« Volontaires pour la défense du Niger »

Le samedi 19 août, environ 20 000 personnes se sont rassemblées au stade Général-Seyni-Kountché pour s’engager comme « volontaires pour la défense du Niger » (VDN), une initiative lancée par Younoussou Hima, un professeur d’EPS, et Ansarou Bako, un financier.

Le premier en a eu l’idée en « discutant à la fada » (le nom des groupes de jeunes qui se réunissent chaque soir, NDLR) de son quartier. Le deuxième, lors d’une énième manifestation devant le camp militaire français. « On a décidé de joindre nos forces pour mobiliser le plus de jeunes possible, on ne s’attendait pas à une telle ferveur », explique Younoussou Hima, coorganisateur de la campagne de recensement.

Les initiateurs, qui prévoient de nouvelles sessions de recrutement dans la capitale et en régions en septembre, assurent avoir déjà enregistré « plus de 2 000 » volontaires lors de cette première
phase de recrutement, suspendue au bout de quelques heures. Seuls critères : être nigérien, majeur et physiquement apte.

« Il y a des militaires à la retraite, des médecins, des commerçants, des étudiants, des cultivateurs. On n’a pas d’armes mais chacun pourra contribuer en fonction de ses compétences, ce sera une force au service de l’armée », indique Ansarou Bako, qui assure avoir l’aval des autorités.

Il semble pourtant difficile aujourd’hui de jauger l’adhésion au putsch. Selon un sondage Afrobarometer datant de mars 2022, avant le coup d’État, près de deux tiers des Nigériens soutenaient la démocratie, quand 62 % rejetaient les régimes militaires.

Tenir la rue

La stratégie des recruteurs en cas d’intervention demeure floue et leur objectif semble surtout de tenir la rue. « C’est d’abord une bataille médiatique, on veut montrer à l’opinion internationale que le peuple soutient l’armée et que c’est à lui de décider, pas à la Cedeao », insiste Ahmed Ousmane, un humoriste de 38 ans, qui a, depuis le coup d’État, mis en pause ses spectacles pour faire le guet chaque nuit au rond-point Francophonie. « Je n’ai jamais fait la guerre, on improvisera ! », ajoute-t-il en souriant.

Mahamadou Ibrahim Garba est aussi sur le qui-vive. Sur son téléphone, le militant du M62, un mouvement souverainiste pro-armée, surveille l’actualité et guette les messages de ses « camarades ». « On a un groupe WhatsApp sur lequel on s’échange les dernières informations, on s’appelle dès que l’on repère un mouvement anormal, on a même mis en place un système d’alerte pour se tenir prêts ! », assure le coordinateur d’une « brigade citoyenne » dans son quartier, situé sur la rive sud du fleuve Niger.

Chaque nuit, « de 22 heures à 5 heures », ils contrôlent avec un groupe d’habitants les « véhicules suspects ». Il guette aussi le passage des convois de l’armée française. « Avant le putsch, on voyait leurs camions passer par cette route lorsqu’ils arrivaient de Tera, à la frontière avec le Burkina Faso. S’ils reviennent pour appuyer la Cedeao, on bloquera la voie ! », menace l’activiste, qui réclame le départ des forces françaises de son pays. En 2021, des manifestants avaient déjà barré cette route à un convoi de ravitaillement de l’armée française à Tera. À l’époque, trois manifestants avaient été tués dans les heurts, nourrissant déjà le rejet de la France.

« On luttera jusqu’au départ de l’armée française »

Depuis des années, la colère gronde contre l’ancienne puissance coloniale dans ce pays pourtant allié stratégique de Paris. Après le Mali et le Burkina Faso voisins, où les juntes elles-mêmes issues d’un coup d’État ont poussé les soldats français vers la sortie, les nouvelles autorités nigériennes ont dénoncé, dans une lettre signée le 4 août, les accords de défense avec la France, dont certains sont assortis d’un préavis d’un mois.

Certains manifestants comptent les jours jusqu’à l’expiration du délai accepté par la junte. Parmi eux, Mahamadou Ibrahim Garba : « On ne leur laissera pas une seconde de plus, s’il faut choisir entre la honte ou la violence, on choisira la violence, menace-t-il. On luttera jusqu’au départ de l’armée française. » (DPM/2023)

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