CÔTE D’IVOIRE: Guillaume Soro veut mettre fin à son exil forcé

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ABIDJAN, 13 NOVEMBRE (ASPAMNEWS)-L’ancien Premier ministre ivoirien Guillaume Soro, condamné à la prison à perpétuité en Côte d’Ivoire pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », a affirmé ce dimanche soir, dans une vidéo postée sur sa page facebook,  qu’il met « fin » à son exil, entamé en 2019. « Il m’est pénible de vivre loin de ma terre ancestrale et natale d’Afrique », déclare-t-il dans une allocution de cinq minutes, publiée sur sa page.

« J’annonce, ici et maintenant, que je mets fin à mon exil, car il m’est pénible de vivre loin de ma terre ancestrale et natale d’Afrique ». Dans une courte vidéo de cinq minutes publiée sur ses réseaux sociaux, Guillaume Soro évoque la « fin » de son exil, sans définir les contours de cette annonce.

Rentrera-t-il en Côte d’Ivoire, où il est sous le coup de deux condamnations judiciaires ? Quelques minutes après son allocution, son directeur de campagne, Moussa Touré, indique « qu’il restera en Afrique pour faire face à son destin », laissant entendre ainsi qu’il pourrait être domicilié dans un autre pays de la sous-région.

En plus de revenir sur son exil mouvementé en France, en Belgique, à Dubaï et « jusqu’aux confins du continent asiatique », dit-il, Guillaume Soro réaffirme son innocence alors que les juges ivoiriens l’ont condamné pour « atteinte à la sûreté de l’État » en 2021 et « recel de détournement de deniers publics » en 2020.

« Je refuse d’être un fugitif. D’autant plus que devant dieu et les hommes, je ne suis coupable d’aucun forfait qui mériterait un tel châtiment ».

Alors que l’actualité sportive ivoirienne ne parle que de la Coupe d’Afrique des nations 2023 que la Côte d’Ivoire accueille du 13 janvier au 11 février 2024 et que les projecteurs politiques sont braqués sur le duel Tidjane Thiam et Jean-Louis Billon pour la succession de Feu Henri Konan Bédié à la tête du mythique Parti démocratique de Côte d’Ivoire et le cas échéant pour la candidature à la présidentielle de 2025, la déclaration postée sur son compte X, par l’ancien président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre de la Côte d’Ivoire est ressentie comme une bombe.

Pour faire effet, la grenade dégoupillée et lancée par le «fils» Soro dans la cour du «père» Ouattara, le fera un bout de temps et donnera certainement des nuits blanches à Abidjan. Car, l’homme qui est apparu sur la vidéo, devenue très vite virale sur les réseaux sociaux, était certes amaigri, préférant un langage victimaire à celui sarcastique et provocateur classique qu’il affectionne contre celui qu’il se targue, vrai, d’avoir amené au pouvoir, a déclaré mettre fin à son exil. En français facile, Guillaume Soro entend revenir à la maison! Quand et comment? That is the question, comme le diraient les voisins ghanéens.

Ce qui est certain, Guillaume Soro ne sera pas accueilli à bras ouverts, comme le fils prodigue de l’Evangile des chrétiens. Alassane Ouattara, a beau le traiter de son «fils»! Mais de l’eau a coulé sous les ponts avant et pendant le départ en exil du «fils», et le «père» ne tuera sûrement pas le veau le plus gras pour fêter ce retour, s’il se matérialisait.

En lieu et place de réjouissances grandioses, ce sera plutôt la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) qui ouvrira, grandes, ses portes pour offrir gîte et couvert au pestiféré d’Abidjan, un pouvoir dont il avait, pourtant été l’un des piliers. Jusqu’à ce qu’il exprime ses ambitions de devenir calife à la place du calife et entame une fronde ouverte contre Alassane Ouattara, Guillaume Soro était tout autant adulé que craint.

Et dans ses moments de gloire, «Bogota», c’est un de ses surnoms, n’a jamais imaginé se trouver en aussi mauvaise posture. Aux exilés ivoiriens dont la majeure partie se retrouvait au Ghana voisin, et plus particulièrement à Charles Blé Goudé, son éternel rival depuis la génération «Fesci» (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire), il conseillait, de «rentrer en héros, au lieu de jouer les fugitifs».

Comme quoi, la roue a tourné! Car, alors que le «général de la rue» est rentré au bercail depuis lors, après ses déboires qui l’ont conduit d’exil politique au Ghana en exil judiciaire aux Pays-Bas, à la Cour pénale internationale (CPI), c’est Guillaume Kigbafori Soro qui cherche à revenir à la maison en Héros.

Le héros fatigué d’errer de pays en pays, contraint selon ses propres dires de déjouer arrestations et extraditions, certain d’être l’objet d’un acharnement, et sous le couvert de deux condamnations, l’une de 20 ans ferme et l’autre à perpétuité, est décidé à mettre fin à son exil. GKS qui pourrait ne pas être aussi loin de la Côte d’Ivoire, certains le localisant, vrai ou faux, au Mali, trouve, pourtant, selon ses propres mots, «pénible de vivre loin» de sa «terre ancestrale et natale d’Afrique».

Il veut «vivre dans la quiétude» avec sa «famille», ses «proches» et ceux qu’il «chérit le plus». Mais pourquoi lui, le «fils» ne peut pas bénéficier de la magnanimité du «père», un Alassane Ouattara qui a toujours voulu s’illustrer comme le chantre de la réconciliation nationale?

Fait troublant, le vocable de «réconciliation» a disparu de la composition du nouveau gouvernement mis en place par Robert Beugré Mambé, le nouveau Premier ministre ivoirien. Comme si Alassane Ouattara, a refermé cette porte de la réconciliation, ne laissant ouverte que celle de la «cohésion nationale», d’ailleurs noyée entre «solidarité et lutte contre la pauvreté», maroquin confié à une inconditionnelle du «Prado», désigler «président Alassane Dramane Ouattara».

Pourquoi parmi tant d’appelés, GKS reste le seul recalé célèbre? Le «fils» et le «père» pourront-ils, un jour, enterrer la hache de guerre? Rien n’est moins sûr, un ancien diplomate, fin connaisseur du marigot politique ivoirien affirme sans cesse qu’Alassane Ouattara est très difficile, voire impossible, à faire revenir sur ses décisions.

Miné par la nostalgie de la mère-patrie et sans doute à court de ressources financières, Guillaume Kigbafori Soro va-t-il tenter le tout pour le tout, pour rentrer à la maison? En tout cas, la sérénité des préparatifs de la CAN 2023, prendra un coup sur les bords de la lagune Ebrié. La requête ou la menace, c’est selon, ne seront pas du tout négligées par Alassane Ouattara et ses lieutenants! (SPK/2023)

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