NIGER: allègement des sanctions sous condition, encore la CEDEAO?

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ABUJA, 11 DÉCEMBRE (ASPAMNEWS)-La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunie en sommet à Abuja, a ouvert la voie, dimanche 10 décembre, à un allègement de ses sanctions à l’encontre du Niger en le conditionnant à une « transition courte » avant un retour des civils au pouvoir. Un comité composé des présidents du Bénin, du Togo et de Sierra Leone négociera avec le régime militaire nigérien les engagements à mettre en œuvre avant un éventuel assouplissement des sanctions, a annoncé le président de la commission de la Cedeao, Omar Touray.

Le Niger toujours au régime sanction! C’est l’une des informations importantes qui ressort du conclave des chefs d’Etats de la CEDEAO réunis à Abuja au Nigeria, ce dimanche. Cependant, une nouvelle donne est à considérer.

« Sur la base des résultats de l’engagement du comité des chefs d’Etat avec le CNSP, l’autorité va progressivement alléger les sanctions imposées au Niger », a déclaré M. Touray à l’issue du sommet. Mais « si le CNSP ne se conforme pas aux résultats de l’engagement avec le comité, la Cedeao maintiendra toutes les sanctions », a-t-il ajouté. L’organisation régionale veut que Niamey s’engage sur « une courte feuille de route pour la transition » vers « le rétablissement rapide de l’ordre constitutionnel », soit le retour à un régime civil.

Cette évolution de la situation constitue un véritable bémol, compte tenu des conséquences des mesures drastiques qui étouffent les populations depuis le coup d’Etat du général Abdourahamane Tiani: l’organisation sous-régionale qui compte agir en CEDEAO des peuples, maintient, à côté des sanctions, des couloirs de discussion avec le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en place depuis le putsch militaire du 26 juillet 2023. C’est dans cette logique que la CEDEAO a désigné les présidents togolais, béninois et sierra léonais pour prendre langue avec les nouveaux hommes forts de Niamey.

Quand est-ce que Faure Gnassingbé, Patrice Talon et Julius Maada Bio débarqueront-ils dans la capitale nigérienne? Quel accueil sera-t-il réservé au trio de négociateurs qui doit ouvrir un dialogue qui aura pour fil d’Ariane la proposition au CNSP d‘une transition courte d’une année?

Les militaires nigériens se résoudront-ils à libérer, comme l’exige la CEDEAO, le président Mohamed Bazoum et sa famille incarcérés tout comme d’autres ex-dignitaires nigériens aux arrêts? Les interrogations se bousculent dans toutes les têtes, surtout que désormais, le Niger fait partie de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), dont les trois pays membres fondateurs se sont définis des lignes communes de conduite, tant sur le plan de la défense du territoire, de la diplomatie, de l’économie, etc.

De plus, le CNSP n’a jamais caché sa proximité avec le Togo qu’il avait constitué d’office en médiateur dans le bras-de-fer qui l’oppose à la CEDEAO. Mais il n’en n’est pas de même pour le Bénin, dont le président, a été de ceux qui, en condamnant fermement le coup d’Etat au Niger, n’ont pas exclu, en son temps, la force comme alternative, en cas d’insuccès du dialogue pour déloger les putschistes du palais présidentiel.

Rôle de médiateur

Cette décision de la Cedeao fait suite à la visite, vendredi, au Togo du chef militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani accompagné de certains de ses ministres. Quelques jours avant, Niamey avait demandé au président togolais Faure Gnassingbé de jouer un rôle de médiateur. « Tiani est prêt à discuter de la durée de la transition et de la situation de Mohamed Bazoum », qui est séquestré à Niamey dans sa résidence depuis le 26 juillet, a déclaré une source togolaise à propos de ces discussions.

Il faut dire aussi que le président Faure Gnassingbé qui était déjà au centre des négociations entre le Mali et la Côte d’Ivoire dans l’affaire des «49 soldats ivoiriens» arrêtés à l’aéroport de Bamako le 10 juillet 2022, dispose d’un capital confiance important auprès des militaires qui ont pris le pouvoir par les armes dans la sous-région. Il a d’ailleurs reçu, chez lui au Togo, avant de se rendre à Abuja, le général Tiani dont il a certainement porté les préoccupations auprès de ses pairs de la CEDEAO.

Sans risque de se tromper, et tout en gardant l’espoir que les négociations connaissent une issue heureuse, il faut dire que ce n’est pas demain la veille du retour à l’ordre normal de la vie politique dans un Niger où les populations sont de plus en plus asphyxiées par les sanctions énergiques prises contre le pays suite au coup d’Etat du général Abdourahamane Tiani. Ce qui est certain, à travers la personne de Faure Gnassingbé, la CEDEAO tout comme Niamey, pourront compter sur un interlocuteur gage du maintien des fils du dialogue.

Renforcer la coopération

Sur les quinze pays membres de la Cedeao, quatre sont désormais dirigés par des militaires arrivés au pouvoir par des coups d’Etat depuis 2021 : le Mali (2021), la Guinée (2021), le Burkina Faso (2022) et le Niger (2023).

Avec les régimes militaires du Mali et du Burkina Faso, celui du Niger a créé l’Alliance des Etats du Sahel (AES) afin de renforcer leur coopération. « Cette alliance fantôme semble destinée à détourner l’attention de notre quête mutuelle de démocratie et de bonne gouvernance », a dénoncé dimanche le président nigérian Bola Tinubu, qui préside la Cedeao. Tout en appelant à « renouer le dialogue avec les pays sous régime militaire avec des transitions planifiées réalistes et à court terme ».

La multiplication de ces régimes militaires, qui remettent en cause la démocratie et risquent de déstabiliser toute la région, inquiète la Cedeao. Le retrait de l’armée française du Sahel a renforcé les craintes de voir les attaques djihadistes s’étendre aux Etats du golfe de Guinée : Ghana, Togo, Bénin et Côte d’Ivoire. Et ce, alors que la Sierra Leone et la Guinée-Bissau ont connu récemment ce que les autorités ont présenté comme des tentatives de coup d’Etat. (TFG/2023)

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