SENEGAL: 15 décembre pour la présidentielle, indignation de la classe politique

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DAKAR, 6 FEVRIER (ASPAMNEWS)-Les députés de BBY et de Wallu ont entériné le report de la présidentielle au 15 décembre 2024, après l’adoption d’un projet de loi controversé qui permet une dérogation de l’article 31 de la Constitution, autorisant ainsi le président Macky Sall à prolonger son mandat de six mois supplémentaires après l’expiration initiale prévue pour le 2 avril 2024.

Les députés de Benno Bokk Yaakaar et de Wallu ont voté, lundi soir 5 février, la proposition de loi reportant l’élection présidentielle initialement prévue le 25 février au 15 décembre 2024. Ce vote sans débat s’est déroulé sous la surveillance des gendarmes, après que les opposants ont bloqué pendant plus d’une heure la séance plénière. Ils n’ont pas assisté au voté.

La très controversée proposition de loi émane de parlementaires du Parti démocratique sénégalais (PDS), dont la candidature de son leader, Karim Wade, a été déclarée irrecevable par le Conseil constitutionnel pour cause de double nationalité.

Elle fait, suite à une résolution adoptée par l’Assemblée nationale en vue de la création d’une commission d’enquête parlementaire visant à faire la lumière sur des accusations de supposées de corruption et de conflits d’intérêt visant certains membres du Conseil constitutionnel.

Ces accusations ont été portées par le Parti démocratique sénégalais, la formation politique de l’ancien président Me Abdoulaye Wade (2000-2012).

Les députés du groupe « Liberté et démocratie » ont bénéficié des voix des députés de la majorité présidentielle, Benno Bokk Yaakaar (BBY), pour faire passer cette résolution.

Le groupe Yewwi lui, avait souhaité voir se dérouler un débat général, les députés de la majorité eux, avaient opté pour un vote sans débat après les nombreux échanges (motion préjudicielle) qui ont eu lieu toute la journée durant et qui ont permis à la grande majorité des députés de s’exprimer.

Un argument de vote après un débat général qu’ont voulu imposer des députés de Yewwi, que n’a d’ailleurs pas pu comprendre le président du groupe parlementaire « Liberté et Démocratie« . Ce dernier avait en effet estimé que les blocages se règlaient par une procédure parlementaire et non physiquement, comme semblaient vouloir l’imposer des députés du groupe Yewwi.

Alors que les députés des deux groupes semblaient s’être entendus, après quelques conciliabules autour du président Amadou Mame Diop, le groupe Yewwi est revenu à la charge pour insister sur sa volonté de poursuivre par un débat général. Ce qui supposait de prolonger les débats jusqu’au lendemain, une fois entamés, voire de faire intervenir les gendarmes pour rétablir l’ordre.

C’est le moment que choisit Guy Marius Sagna pour lever les bras en signe de passivité, alors que de nombreux gendarmes du Groupement d’Intervention de la Gendarmerie (GIGN) faisaient leur entrée dans l’hémicycle afin de permettre la poursuite du vote en faisant sortir les députés qui tentaient de bloquer le vote.

Le texte a fini par être adopté par l’Assemblée nationale qui consacre un report au 15 décembre 2024, alors qu’un amendement du groupe « Démocratie et Liberté » avait proposé la date du 25 Août qui coïnciderait avec l’hivernage et le Magal de Touba.

Le débat sur le fond du projet de loi devait suivre, mais a été brusquement annulé par le Président Amadou Mame Diop, qui a décidé de procéder à un vote public à main levée. Cette décision a provoqué une vive réaction de l’opposition, qui a contesté la rapidité du comptage des voix par le Président. Suite à cette contestation, un chaos s’est installé, menant à la retraite du Président de l’Assemblée pour plus d’une heure.

Le retour de Amadou Mame Diop n’a pas apaisé les tensions, et après une heure de discussions infructueuses avec l’opposition, il a fait appel aux forces de gendarmerie pour rétablir l’ordre, marquant la deuxième intervention de ce type dans l’enceinte du Parlement sénégalais sous cette législature.

Les gendarmes ont retiré les députés de l’opposition qui manifestaient contre le vote, permettant ainsi l’adoption unanime du projet de loi par les députés présents, tous affiliés aux partis soutenant le gouvernement, Benno Bokk Yakaar et PDS.

La directrice de l’Aspex, Zahra Iyane Thiam se démarque de la décision du président Macky Sall de reporter l’élection présidentielle jusqu’au 15 décembre 2024. Elle l’a fait savoir, lors d’une émission, consacrée à cet évènement. Pour madame Thiam, « le plus important n’est pas de faire partie d’un gouvernement mais de prendre partie pour son peuple ».

Youssou Ndour a, également, par un communiqué marqué son regret sur cette décision « impopulaire », le report de l’élection présidentielle. L’ancien ministre du tourisme de Macky Sall dit regretter la situation.

Hier, un peu plutôt par un communiqué parvenu à plusieurs rédactions, l’ancien ministre secrétaire général du Gouvernement, Abdou Latif Coulibay annonçait sa démission du gouvernement, marquant ainsi sa rupture avec Macky Sall.  Et hier lundi, sur les ondes de RFI monsieur Coulibaly disait en ces termes « ce que Macky Sall a fait est pire qu’un troisième mandat ».

La ligue des Imams et prédicateurs du Sénégal, la coalition des intersyndicales, les partis de gauches et autres groupes d’opinions ont à l’unanimité condamné le report de l’élection présidentielle. (DKF/2024)

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