AFRIQUE DU SUD-LEGISLATIVES: L’hégémonie de l’ANC au pouvoir mis en jeu

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PRETORIA, 29 MAI (ASPAMNEWS)- 27,6 millions de Sud-Africains sont appelés aux urnes le mercredi 29 mai pour les élections législatives. Le vote pourrait remettre en question l’hégémonie du Congrès national africain (ANC), arrivé au pouvoir il y a trente ans, peu de temps après la fin de l’apartheid. Quels sont les enjeux du scrutin ?

L’élection, mercredi 29 mai, de la nouvelle Assemblée nationale, qui désignera le prochain président, pourrait marquer un tournant historique en Afrique du Sud depuis l’avènement de la démocratie. Au pouvoir depuis les premières élections libres et le triomphe de Nelson Mandela, en 1994, son parti, le Congrès national africain (ANC), pourrait perdre la majorité absolue pour la première fois depuis la fin de l’apartheid.

Samedi, à l’occasion de son dernier meeting de campagne, à Johannesburg, le président Cyril Ramaphosa a tenté une nouvelle fois de convaincre les électeurs de donner une victoire franche à l’ANC. Face à un stade de 95 000 places presque plein mais sans grande ferveur, le chef de l’Etat a martelé un message « d’espoir et de renouveau », promettant notamment de lutter contre le chômage massif, de rebâtir les services publics en déshérence et de redynamiser l’industrie alors que la croissance stagne autour de 0,8 % par an en moyenne depuis 2012.

L’ANC en passe de perdre la majorité absolue

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir dans le pays depuis 1994, pourrait perdre pour la première fois sa majorité absolue. Crédité de 40 à 45 % des voix, le parti de Nelson Mandela, moteur historique de la lutte contre l’apartheid, est en effet concurrencé sur sa droite par l’Alliance démocratique, et sur sa gauche par les Combattants pour la liberté économique.

Créditée de 25 % des intentions de vote, l’Alliance démocratique promet que «l’ANC perdra la majorité dont il a abusé pendant des décennies, la majorité qu’il a utilisée pour plonger ce pays dans le chômage, la corruption et la mauvaise gestion ». Les Combattants pour la liberté économique (EFF), parti de gauche radicale emmené par Julius Malema, un ancien membre de l’ANC, plafonne à 10 % des intentions de vote.

Un autre parti dissident pourrait également venir concurrencer l’ANC, et l’empêcher de gouverner seul : il s’agit du parti uMkhonto we Sizwe (MK), dirigé par l’ancien président Jacob Zuma, au pouvoir de 2009 à 2018. Disqualifié après une condamnation pour corruption, ce dernier continue de faire campagne pour la liste de son parti fondé en décembre 2023.

En donnant à son mouvement le même nom que la branche armée de l’ANC à l’époque de l’apartheid, Jacob Zuma se place en héritier légitime de la lutte des Noirs sud-africains pour leur émancipation. Il propose notamment de redistribuer aux chefs traditionnels les terres volées lors de la colonisation et sous le régime de l’apartheid. Une stratégie plutôt efficace, qui place sa liste entre 10 et 14 % des intentions de vote.

Les coupures d’électricité, sujet central de la campagne

Le pays est confronté depuis plusieurs années à des coupures d’électricité fréquentes, pouvant aller jusqu’à douze heures par jour. En cause, l’incapacité de la compagnie publique Eskom à produire suffisamment, avec des conséquences importantes sur la production industrielle du pays.

Dans ce contexte, tous les principaux partis en lice ont fait de l’accès au courant un thème central de leur campagne. L’ANC promet ainsi de «garantir un approvisionnement en électricité sûr et fiable, notamment en investissant dans des capacités publiques de production d’énergie renouvelable ». Plus libérale, l’Alliance démocratique promet d’ouvrir à la privatisation la production d’électricité, en permettant aux citoyens de produire leur propre énergie.

De son côté, le parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique propose pas moins de 37 mesures pour venir à bout de la crise énergétique. Il promet notamment d’acheter l’excédent de production électrique à des pays voisins, comme le Mozambique, ou encore de réduire la consommation de certaines entreprises en révoquant leurs tarifs préférentiels.

Une campagne marquée par la xénophobie

Alors que le chômage touche près d’un tiers de la population active – un des taux les plus élevés au monde –, les discours xénophobes se multiplient dans le pays. ActionSA, un parti fondé en 2020, promet ainsi de renforcer les frontières afin de lutter contre l’immigration illégale.

Le parti prétend en effet que 10 % des habitants du pays sont des étrangers en situation irrégulière. Pourtant, selon une étude de 2022 de l’Institut d’études de sécurité, seuls 6,5 % des habitants d’Afrique du Sud sont des étrangers. Un chiffre qui inclut tous les immigrés, quel que soit leur statut juridique.

Plus radical, le mouvement Operation Dudula accuse les immigrés d’être responsables de la majorité des problèmes du pays, et souhaite expulser les étrangers. Dans une interview accordée à BBC Afrique en 2023, la présidente du mouvement Zandile Dabula défend une rhétorique complotiste. Elle considère notamment que «les ressortissants étrangers travaillent sur un plan de vingt ans visant à prendre le contrôle de l’Afrique du Sud ». (WPK/2024)

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