TOGO/SANTE: Le CHU Sylvanus Olympio plus démuni que les pauvres malades ?

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« Je ne veux pas qu’on m’amène au CHU Sylvanus Olympio. Si c’est le cas, je préfère mourir tranquillement à la maison », déclare, Faustin Tchariè, retraité atteint de diabète. Comme Faustin, il y a bon nombre de patients à Lomé ou au Togo qui ne souhaitent pas être soignés au CHU. Pourquoi ? Au niveau de l’opinion, il se susurre que l’hôpital est gangrené par de graves maux que le directeur de l’instance, le colonel Adom Wiyaoou Kpao reconnaît d’ailleurs : « Le mal de cet hôpital, ce sont les mentalités. De tous les agents, à peine 2 sur 10 sont intègres ».

Vendredi 12 août 2016, nous nous sommes transportés dans l’enceinte du CHU. Des vas-et-viens du personnel soignant, des patients accompagnés des parents, des cris de douleur et même certains sont en petits groupes attendant le verdict chirurgical. Puisque le bloc opératoire du grand centre hospitalier du Togo manque de tout.

Notre instinct nous dirige droit vers ce bloc. D’abord muni de vieux carreaux dit tout. Les portes qui n’ont même pas de serrures, laissent tout voir.

« Mon oncle est admis depuis hier nuit pour une opération d’appendice, mais on nous a dit qu’il n’y a pas de produit pour stériliser les ciseaux et autres. Nous sommes allés payer tout à la pharmacie et on attend toujours. Mon malade souffre toujours », déclare Akofa Apetovi.

Notre surprise n’est pas au bout ; puisqu’une fois au bloc de maternité, les femmes ont accouché à même le sol.

« Je suis venue avec ma fille jeudi 11 août 2016 autour de 10 heures. Elle devait accoucher. On m’a dit que les salles sont pleines. Elle est assise par terre comme les autres femmes. Et c’est par terre qu’elle a accouché ce vendredi matin. C’est après que les sages-femmes ont venues l’entretenir. Hier, il y a 8 femmes qui ont accouché à même le sol. Deux enfants sont morts et trois femmes ont eu de complication », explique la soixantaine Ablavi Aké qui a amené sa fille pour accoucher au CHU.

Une femme médecin exerçant au CHU, Justine Akou, reconnait qu’il y a parfois des cas d’opérations chirurgicales annulés à cause de manque d’oxygène, alors que l’oxygène est pourtant disponible et c’est celui qui devrait aller changer la bonbonne qui a manqué de le faire. Ou des cas d’anesthésistes qui refusent de travailler pendant plusieurs jours parce qu’ils ne seraient pas d’humeur à travailler, suite à des contrôles.

« Il m’arrive par exemple avant de signer une commande d’achat de gants stériles de me poser des questions de savoir où cela passe. Parce que, au même moment que moi j’achète des gants, les médecins prescrivent encore aux patients les gants. Les gants que moi j’achète passent où finalement ? », se demande-t-elle.

A la Chirurgie, elle regrette des opérations privées clandestines. « Parfois, le chirurgien déclare un pansement juste avant d’accéder à la salle opératoire, mais en réalité il y va avec un patient pour l’opérer d’une appendicite dont il fixe lui-même le coût et empoche l’argent », explique-t-elle.

Elle ajoute qu’à la pédiatrie qu’il y a « une mauvaise organisation, du chef jusqu’au dernier agent ».

« Nous nous sommes présenté déjà deux fois au tribunal à cause de la Pédiatrie. Parfois, dans ce service, les infirmiers s’absentent et se font remplacer par des amis qui ont été formés sur le tas et qui administrent des traitements inadéquats qui parfois causent la mort des enfants ». Il évalue à 60% les prestations de la Pédiatrie dont les traces ne figurent nullement dans les documents comptables du CHU.

« A la maternité des femmes enceintes sont traitées comme des animaux », déclare-t-elle la mine serrée et déplore que c’est le laxisme qui fait que les femmes traînent par terre.

Clémentine Abalo, Assistante sociale, Responsable du service social du CHU-Tokoin, se dédouane en disant que toutes les fois qu’un patient leur approche, le service accorde toujours de la sympathie et beaucoup d’attention.

« Mais vous savez, il y a certains malades qui arrivent à l’hôpital sans un seul franc. Nous n’avons jamais cessé d’expliquer aux patients et accompagnants ce qui doit être leur participation. Mais nous sommes incompris, ce qui complique notre travail. Nous reconnaissons qu’à certains moments notre assistance n’est pas immédiate, mais cela ne dépend pas de nous », explique-t-elle.

Elle a toutefois reconnu que les difficultés sont nombreuses, notamment le manque de personnel perturbant du coup les activités.

« Il y a des difficultés dans la prise en charge des médicaments surtout ceux qui ne se vendent pas dans la pharmacie du CHU. Nous nous confrontons aussi très souvent à l’insatisfaction des patients qui s’attendent à une prise en charge totale de leurs actes médicaux », reconnait-elle.

Vol, et corruption au CHU

Les patients sont souvent insatisfaits et se plaignent. Le manque de consommables est quotidien et patent. La direction de l’hôpital le reconnait. « Nous voulons amener nos collaborateurs à prendre de nouveaux comportements », explique le colonel Adom Wiyaoou Kpao qui indexe la corruption de ses agents, leur manque de conscience professionnelle.

« Si vous allez par exemple au service du transport routier, plus de 50% des certificats de vision provenant du CHU SO sont délivrés par des agents qui empochent eux-mêmes les sous. Vous trouvez des agents qui ont eux-mêmes des facturiers », déplore le directeur de l’hôpital.

Il reconnait aussi de nombreux cas de vols de consommables et de détournements de matériels. Par exemple, il a cité le cas d’une acquisition d’un stock de 210 cartons de papiers rames et de cartouches d’encre qui a fondu en quelques semaines.

Au contrôle, les dégâts sont importants : 103 cartons de papiers et 44 cartouches d’encre disparus. Ils citent aussi des cas où d’importantes différences sont notées entre la quantité de produits déclarés à l’acquisition et celle utilisée finalement. Il raconte avoir découvert par exemple, suite à un contrôle, une différence de deux millions de valeur de produits disparus entre la pharmacie et le service d’anesthésie. La quantité de produits finalement utilisée pour les patients est de deux millions inférieure à celle acquis à la pharmacie.

Au niveau de la pharmacie, il mentionne aussi un cas où les agents ont refoulé un fournisseur du CHU avec une commande passée par ledit établissement et dont le laboratoire avait besoin. Alors qu’au même moment, les pharmaciens avaient déclaré au laboratoire qui en était dans le besoin que le produit était en rupture de stock. La Direction soupçonne que cette pénurie soit créée artificiellement pour rediriger les patients vers des cliniques privées où certains agents pourraient avoir des intérêts personnels.

La morgue : dépotoir humain

A la morgue, beaucoup d’idées nous viennent à la tête. Est-ce qu’on n’est vraiment des hommes ? Les corps sont entassés à même le sol, ans soin préalable, parce que n’ayant pas trouvé de casier. Ce vendredi 12 août, le début de weekend et bon nombre de familles viennent chercher leurs corps pour les cérémonies funéraires. Il y a une affluence comme c’est au marché. A côté des corps, des gens négocient. C’est un « business » très avantageux pour les « croque-morts » et les « lave-morts ».

En dehors de l’odeur nauséabonde, on aperçoit à même le sol, des traces de sang et des tissus ensanglantés. L’on a envie de vomir. Dans les chambres froides, les corps sont entassés les uns sur les autres et d’autres mêmes éparpillés.

Pour renseigner les visiteurs sur les différents prix à verser à la caisse de l’hôpital, pour ce qui concerne les prestations de service de la morgue de Lomé, l’Office togolais des recettes (OTR) a pris soins de faire peindre des panneaux des murs de la morgue où il est dessiné les différentes prestations et leur prix. Par exemple, : le dépôt du corps est fixé à 10.500F CFA ; la formolisation 3.500 F CFA le litre, à raison de trois à quatre litres de formol par corps… le tout pour un total de 38.500 F CFA environ pour les cinq premiers jours.

10 milliards de francs de réhabilitation des hôpitaux volatilisés

Pourtant en 2010, le Togo a contracté prêt de 10 milliards sur un fonds déposé à la BIDC pour la rénovation et l’équipement des hôpitaux et certains centres de santé.

Ce projet a été piloté de bout en bout par le médecin militaire professeur colonel Badjona Sognè. Ce projet s’est achevé par un scandale grandeur nature dont les auteurs n’ont jamais été inquiétés. Tout le matériel acquis sur les fonds de ce projet se sont révélés obsolètes, au grand mécontentent du personnel médical.

Certains n’ont jamais fonctionné. Parmi cette dernière catégorie, se trouvent les scanners. Trois ont été achetés au total. Un au CHU Sylvanus Olympio, un au CHU campus et un dernier à l’hôpital de Kara.

On a encore en mémoire l’inauguration du scanner de Lomé par Faure Gnassingbé qui a tourné court. Pendant que les invités, ambassadeurs et autres officiels étaient en place, Faure Gnassingbé a annulé la cérémonie après qu’un contrôle inopiné a démontré que le scanner ne fonctionnait pas.

Le professeur Badjona Sognè, s’est justifié en parlant d’une panne mineure qui devrait être réparée. Sauf que depuis 6 ans, les fameux scanners ont du mal à fonctionner, obligeant les pauvres citoyens togolais à continuer à débourser de fortes sommes pour se faire consulter dans les cliniques.

Au bilan, il est noté et certifié que tout le matériel acquis de façon obscure par le projet BIDC n’a jamais fonctionné. Le matériel de chirurgie par exemple est hors d’usage, les ambulances sont à l’arrêt. Mais l’état défectueux des scanners est l’illustration de ce scandale. Le scanner de l’hôpital de Kara fonctionne par intermittence, parfois pas du tout, contraignant les patients de la région septentrionale à mettre le cap sur Lomé, la capitale ou dans les cliniques privées.

La capitale n’est pas non plus mieux. Le scanner du CHU Sylvanus Olympio est tombé en panne depuis le mois d’octobre 2015. A ce jour, il n’a pas été réparé. Celui du CHU campus est à son tour tombée en panne.

Au niveau du ministère de la Santé, silence radio, personne ne veut nous répondre à propos des manquements et difficultés auxquels fait fasse le CHU. Mais, le chargé en communication du ministère de la Santé, Banassim, nous a expliqué que l’Etat est entrain de prendre des mesures pour assainir le vaste domaine de la santé.

« Le gouvernement devait normalement faire les réformes de la santé. mais puisque le ministère de la Santé était rattaché à la présidence cela n’a pas été fait. Mais avec la nomination d’un ministre de tutelle, il y a des projets de réformes en gestation et cela sera fait incessament. notamment un nouveau plan national de développement sanitaire 2016-2022, en partenariat avec le PNUD », a-t-il expliqué.

Conclusion

Le CHU Sylvanus Olympio à l’instar des hôpitaux publics du Togo sont minés de problèmes. Notamment, le manque de personnel ou ceux qui sont là ne font pas leur travail dû au laxisme. Le manque d’outils ajouté à ça les agents de santé corrompus. Tout ceci fait que les patients se plaignent souvent car insatisfaits. Les pénuries de consommables sont quotidiennes. Et, désormais, les plaintes des patients ou de leurs parents se multiplient. La conscience professionnelle, la responsabilité, le devoir de reddition de compte, le respect du bien public… doivent effectivement revenir dans le secteur public au Togo.

Il convient par ailleurs d’interpeller les agents de la santé qui se sont engagés dans cette voie par « sacerdoce » à se garder de devenir des agents dont les actes causent la mort au lieu de sauver des vies. « Je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux…Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif de gain ou la recherche de la gloire », dit le Serment d’Hippocrate par lequel les médecins jurent solennellement avant de revêtir la robe de médecin. (NKA/2016)

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