TUNISIE: arrestation de Ghannouchi, chef du parti d’opposition Ennahdha

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TUNIS, 18 AVRIL (ASPAMNEWS)-Bête noire du président Kaïs Saïed, Rached Ghannouchi a été arrêté par des policiers à son domicile de Tunis. Depuis début février, les autorités ont incarcéré plus de vingt opposants et des personnalités.

Les autorités tunisiennes ont arrêté lundi le chef du mouvement islamo-conservateur Ennahdha, Rached Ghannouchi, un des principaux opposants de Saïed. Ghannouchi, 81 ans, qui dirigeait le Parlement dissous en juillet 2021 par Saïed, est l’opposant le plus en vue à être arrêté depuis ce coup de force.

L’homme a été arrêté par des policiers à son domicile à Tunis, a affirmé Ennahdha dans un communiqué, en dénonçant «ce développement extrêmement grave» et appelant à sa «libération immédiate». Le vice-président d’Ennahdha, Mondher Lounissi, a affirmé lors d’une conférence de presse que Ghannouchi avait été emmené dans une caserne de police pour un interrogatoire et que ses avocats n’avaient pas été autorisés à y assister.

Son arrestation survient après des déclarations rapportées par des médias, dans lesquelles Ghannouchi a affirmé ce week-end que la Tunisie serait menacée d’une «guerre civile» si l’islam politique, dont est issu son parti, y était éliminé. Une source au ministère de l’Intérieur citée par les médias tunisiens a confirmé que l’arrestation de Ghannouchi était liée à ces déclarations.

L’arrestation a eu lieu au moment de l’iftar, le repas de rupture de jeûne du ramadan et quelques heures avant la célébration par les fidèles de la nuit sacrée «du destin». Ghannouchi avait comparu en février au pôle judiciaire antiterroriste à la suite d’une plainte l’accusant d’avoir traité les policiers de «tyrans».

L’opposant, bête noire du président Saïed, avait également été entendu en novembre 2022 par un juge du pôle judiciaire antiterroriste pour une affaire en lien avec l’envoi présumé de jihadistes en Syrie et en Irak. En juillet de la même année, il avait aussi été interrogé pour des soupçons de corruption et blanchiment d’argent liés à des transferts de fonds depuis l’étranger vers une organisation caritative affiliée à Ennahdha.

Depuis début février, les autorités ont incarcéré plus de vingt opposants et des personnalités parmi lesquelles des ex-ministres, des hommes d’affaires et le patron de la radio la plus écoutée du pays, Mosaïque FM. Ces arrestations, dénoncées par des ONG locales et internationales, ont visé des figures politiques de premier plan du Front de salut national (FSN), principale coalition d’opposition dont fait partie Ennahdha.

«Nouvelle phase»

Le président Saïed, qui s’est arrogé les pleins pouvoirs depuis son coup de force de juillet 2021, a qualifié les personnes arrêtées de «terroristes», affirmant qu’elles étaient impliquées dans un «complot contre la sureté de l’Etat»«L’arrestation du chef du plus important parti politique au pays, et qui a toujours montré son attachement à l’action politique pacifique, marque une nouvelle phase dans la crise», a réagi lundi soir auprès de l’AFP le président du FSN, Ahmed Néjib Chebbi. «Cela relève de la vengeance aveugle contre les opposants», a-t-il ajouté.

Après son coup de force, Saïed a fait réviser la Constitution pour instaurer un système ultra-présidentialiste aux dépens du Parlement, qui ne dispose plus de réels pouvoirs, contrairement à l’Assemblée dissoute dominée par Ennahdha.

Opposant de premier plan sous les régimes de Habib Bourguiba et Zine el-Abidine Ben Ali, le retour au pays de Ghannouchi après vingt ans d’exil passés à Londres, à la suite de la chute du dictateur en 2011, avait été célébré par des milliers de personnes. Mais son étoile a progressivement pâli depuis la révolution, ses détracteurs l’accusant d’être un manœuvrier pragmatique prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. (SPM/2023)

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