Célébration de la Journée mondiale de l’Afrique: le culte du surplace

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25 MAI (ASPAMNEWS)– Les peuples du continent africain célèbrent, le 25 mai, « la Journée mondiale de l’Afrique » coïncidant avec l’anniversaire de création de l’Organisation de l’Unité africaine (O.U.A., Union africaine actuellement), dans un contexte exceptionnel, où le système de santé, la sécurité alimentaire ainsi que la paix restent les principaux défis à relever.

Chaque année, la Journée mondiale de l’Afrique est célébrée le 25 mai, car c’est à cette date qu’ont été signés les accords de l’O.U.A. en 1963, qui représente le symbole du combat de tout  le continent africain pour la libération, le développement et le progrès économique et social, en plus de la valorisation et l’exploitation de la richesse culturelle africaine.

Pour marquer cette date, l’Union africaine a annoncé une célébration virtuelle sous le thème « Bâtir une résilience en matière de sécurité nutritionnelle sur le continent africain : Renforcer les systèmes agroalimentaires et les systèmes de santé et de protection sociale pour accélérer le développement socio-économique et du capital humain »

Contrairement aux grands ensembles autrefois dominés et appauvris (Chine, Inde, Brésil) qui de nos jours ont pris le large tout en exigeant la reconfiguration de la géopolitique mondiale, l’Afrique, elle, fait du surplace et fait encore face à ses grands défis du début des indépendances : UNITÉ, INTÉGRATION, SÉCURITÉ ET DÉVELOPPEMENT !

L’intégration africaine est aujourd’hui frappée de plein fouet par les défis majeurs de notre sous-région et de notre continent que sont l’économie criminelle, l’insécurité galopante et le terrorisme violent (40.000 victimes de Boko Haram au Nigéria de 2009 à nos jours).

A ces deux fléaux s’ajoutent la montée exponentielle de l’économie criminelle, la souffrance des centaines de milliers de déplacés victimes de la terreur de l’extrémisme violent, la déstabilisation de nos États et l’effondrement de certaines de nos institutions qui ont parfois provoqué des changements anticonstitutionnels suivis de négociations ardues sur les formes et la durée des transitions nécessaires au retour à l’ordre constitutionnel normal.

Comme si toutes ces plaies n’étaient pas suffisamment handicapantes, d’autres chocs violents dus à la crise sanitaire et à la crise alimentaire, sont venus alourdir le déficit et le passif de nos pays en matière de développement. Tous ces constats prouvent que le bilan de 60 ans de l’OUA-UA est plus que mitigé, voire carrément décevant.

L’espace UEMOA, comme l’espace sous-régional  CEDEAO, comme au fond tout le continent, souffre de la combinaison funeste de tous ces facteurs négatifs qui viennent alourdir le bilan au demeurant pas très reluisant de 60 années et plus de politiques de développement et d’intégration de l’Afrique.

Comment alprs allons-nous faire pour reprendre « l’initiative historique » comme disait le professeur Houtoundji, mutualiser nos forces, nos souverainetés et libérer (le mot n’est pas fort) une nouvelle fois et pour de bon l’Afrique ?

Telles sont les lourdes taches qui attendent nos leaders, nos acteurs politiques, nos Sociétés civiles, nos Think tanks, et toutes les forces vives du continent en particulier les jeunesses et les femmes.

On sait aussi que l’ère des nouvelles menaces n’a pas effacé celle des anciennes menaces que sont :

  • L’insécurité alimentaire: le monumental savant et agronome émérite, le regretté Professeur Moussa Seck, nous avait averti depuis les années 90 : « l’arme alimentaire peut-être plus redoutable que l’arme nucléaire ! » La guerre en Ukraine et ses effets mondialisés en 24 heures lui donnent absolument raison. On craint tous l’arme nucléaire mais on souffre ici et maintenant de l’arme alimentaire. Pour lui, l’Afrique qui devait se nourrir et nourrir le monde ne devait pas être aussi violemment impactée par la tragique guerre de la Russie contre l’Ukraine.
  • L’exode de notre ressource N° 1: la jeunesse africaine. Professeur Moussa Seck disait un milliard de jeunes africains, ce sont deux milliards de bras pour déplacer des montagnes et mettre l’Afrique en orbite vers toutes les autosuffisances et toutes les souverainetés. Dommage il n’a pas été écouté pendant plus de 30 ans de prêche au service de l’agriculture, du Panafricanisme et du développement de l’Afrique.   QUEL GACHIS !
  • L’effondrement des institutions attesté par le retour des coups d’État (5 réussis en Afrique de l’Ouest, deux avortés en moins de deux ans),
  • Impuissance des organes de l’Unité et de l’intégration africaine devant les vrais défis du continent : paix et sécurité, intégration économique africaine, insécurité alimentaire, terrorisme, armée africaine, siège de membre permanent avec droit de véto au Conseil de Sécurité des Nations Unies, poursuite de la balkanisation et même de l’hyper-balkanisation qui vise des pays aussi essentiels que la RDC, le Soudan, le Mali, le Nigéria entre autres.

Au total on peut constater une véritable paralysie du schéma retenu pour l’intégration africaine avec des Communautés économiques régionales (CERs) en crise, une organisation continentale (l’Union africaine) mal financée et presque sans pouvoirs réels cédés par ses membres qui se considèrent farouchement comme « des États indépendants et souverains » !

Malgré notre constat qui est difficilement contestable, la Banque africaine de développement (la BAD) nous propose de voir plutôt « le verre à moitié plein » en parlant de dividendes de l’intégration régionale :

Ce qui est problématique dans cette vision, c’est qu’elle doit d’abord admettre, qu’après 60 ans d’intégration africaine, les échanges intra-africains sont autour de 16% (Chiffre BAD), 40% de la population africaine vit en-dessous du seuil de pauvreté, 600 millions d’africains sur 1 milliard 300 millions vivent sans électricité et 300 millions sont au bord de la famine. On peut bien vouloir partager l’optimisme de la BAD, mais il est difficile de voir « le dividende de l’intégration régionale !» dans ces chiffres. Peut-être que la donne pourra évoluer avec la ZLECA, l’avenir nous le dira.

Pour nous au demeurant tant que l’approche économique et non politique de l’intégration africaine va continuer à prévaloir le Renouveau de l’Afrique ira à la cadence d’une « tortue qui a des freins ». C’est pour cela que l’unité politique des Etats africains est devenue un impératif incontournable, un impératif de survie. À défaut de proclamer immédiatement les États-Unis d’Afrique, transformons au moins nos CERs en Unions Politiques régionales : Fédération des États de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique centrale, australe, orientale, septentrionale. Cinq fédérations plus l’Alliance Panafricaine des Peuples et États de la Diaspora africaine pour organiser la transition vers les États-Unis d’Afrique de Nkrumah, Cheikh Anta, Marcus Garvey et tant d’autres.

C’est là une mission sacrée qui appartient aux Leaders accélérateurs de l’Histoire qui eux ont un véritable sens du Destin et de la Mission.

CHEIKH TIDIANE GADIO, Président de l’Institut Panafricain de Stratégies

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