destruction partielle du barrage de Kakhovka, l’Ukraine et la Russie s’accusent

0 3 118

KIEV, 6 JUIN (ASPAMNEWS)- Des explosions d’origine encore indéterminée ont détruit ce mardi le barrage de Nova Kakhovka, dans le sud de l’Ukraine, qui alimentait notamment en eau la Crimée, provoquant des inondations le long des rives du Dniepr. Kiev et Moscou se sont mutuellement accusées d’en être à l’origine

Le barrage hydroélectrique de Kakhovka, situé dans les zones de la région de Kherson occupées par la Russie dans le sud de l’Ukraine, a été partiellement détruit mardi 6 juin, Moscou et Kiev s’accusant mutuellement d’en être responsables. Devant la Cour internationale de justice (CIJ), le représentant ukrainien a qualifié la Russie d’« État terroriste ».

La situation est pour le moins alarmante. Ce mardi 6 juin, des explosions d’origine encore indéterminée ont détruit le barrage de Nova Kakhovka, dans le sud de l’Ukraine. Datant de l’ère soviétique et contrôlé par les forces russes, ce barrage alimentait notamment en eau la Crimée, et sa destruction a provoqué des inondations le long des rives du Dniepr, où des dizaines de villages étaient en cours d’évacuation.

La Russie et l’Ukraine se sont mutuellement accusées d’avoir fait exploser le barrage, Moscou disant qu’il a été bombardé tandis que Kiev affirme qu’il a été dynamité pour tenter d’entraver la contre-offensive à venir de son armée. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, dont Reuters n’a pas pu immédiatement vérifier l’authenticité, montrent de fortes explosions autour du barrage, dont la moitié de la structure a été emportée par les millions de litres d’eau ainsi libérés, selon l’agence russe Tass qui cite les services d’urgence locaux.

Zaporijjia. La société nucléaire publique russe Rosatom et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont déclaré que l’alimentation des systèmes de refroidissement de la centrale nucléaire de Zaporijjia, située sur les bords du lac formé par le barrage de Nova Kakhovka, et contrôlée par les forces russes, n’était pas menacée à ce stade.

Andriy Yermak, conseiller de la présidence ukrainienne, a cependant estimé sur Telegram que la destruction du barrage visait à « réactiver la peur d’une catastrophe nucléaire », afin de forcer l’Ukraine à négocier et à renoncer aux territoires occupés par la Russie. Outre la brèche ouverte dans le barrage – sans doute impossible à réparer, selon les autorités pro-russes de Nova Kakhovka -, les explosions ont totalement détruit la centrale hydroélectrique, a fait savoir la société d’hydroélectricité publique ukrainienne.

Accusations mutuelles. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a convoqué une réunion en urgence de son conseil de sécurité, a imputé cette attaque à des « terroristes russes ». « La destruction de la centrale hydroélectrique de Nova Kakhovka démontre au monde entier qu’ils doivent être chassés de chaque coin de la terre ukrainienne », a-t-il déclaré sur la messagerie Telegram. Les Russes agissent « dans la panique » face à la perspective de la contre-offensive ukrainienne, ont estimé les services de renseignement militaires de Kiev.

Les autorités russes ont elles aussi dénoncé une attaque « terroriste », en l’imputant pour leur part à des bombardements de l’Ukraine. Reuters n’a pas pu vérifier ces informations. Selon les autorités installées par Moscou à la tête de la région de Kherson, le niveau du Dniepr en aval du barrage pourrait s’élever d’une douzaine de mètres dans les prochaines heures.

« Pas de danger nucléaire immédiat » à Zaporijjia selon l’AIEA

La direction de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, sous occupation russe, a affirmé que la destruction partielle du barrage dont l’eau sert à son refroidissement ne représente pas pour autant une menace pour l’installation.

« À l’heure actuelle, il n’y a pas de menace pour la sécurité de la centrale nucléaire de Zaporijjia. Cinq blocs sont arrêtés à froid, l’un est à « l’arrêt à chaud ». Le niveau de l’eau du bassin de refroidissement n’a pas changé », a indiqué sur Telegram le directeur, installé par l’occupation russe.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a également estimé mardi qu’il n’y avait « pas de danger nucléaire immédiat ». « Les experts de l’AIEA » présents sur le site « surveillent de près la situation », a ajouté l’instance onusienne dans un tweet, alors que la centrale utilise l’eau du fleuve pour refroidir le combustible des cœurs des réacteurs.

Le danger de « catastrophe nucléaire » à la centrale de Zaporijjia « augmente rapidement », avait pourtant averti plus tôt dans la journée un conseiller à la présidence ukrainienne.

► L’Union européenne affirme que la Russie devra rendre des comptes

Le président du Conseil européen a affirmé mardi que la Russie devrait rendre des comptes après la destruction partielle du barrage, évoquant un « crime de guerre ». Dans un tweet, Charles Michel s’est dit « choqué ».

De son côté, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg s’est dit mardi scandalisé par cette attaque, qui « démontre une fois de plus la brutalité de la guerre menée par la Russie ». La destruction du barrage de Kakhovka est « un acte scandaleux » qui « met en danger des milliers de civils et cause de graves dommages à l’environnement », a-t-il tweeté.

► L’Ukraine revendique des « succès »

L’Ukraine a affirmé gagner du terrain près de la ville ravagée de Bakhmout, dans l’Est, mais a relativisé l’ampleur des « actions offensives » menées ailleurs sur le front. Ces opérations ont lieu à un moment où les autorités ukrainiennes disent préparer depuis des mois une vaste contre-offensive destinée à obliger les troupes russes à se retirer des zones qu’elles occupent.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a remercié ses troupes pour les gains territoriaux qu’elles ont revendiqués, ironisant sur la réaction « hystérique » de Moscou.

Dans la nuit de lundi à mardi, une nouvelle attaque aérienne a visé Kiev, « possiblement au moyen de missiles de croisière », a rapporté l’administration civile et militaire de la capitale ukrainienne.

► Le chef de Wagner qualifie d’« élucubrations » les bilans russes

Le ministère russe de la défense a quant à lui affirmé avoir contré depuis la matinée du 4 juin des attaques sur cinq secteurs du front « dans la direction sud de la région de Donetsk », située dans l’Est.

Le ministère russe de la défense a dit que ses forces avaient tué « plus de 1 500 militaires ukrainiens » et détruit « 28 chars ». Une affirmation tournée en dérision par le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, coutumier des critiques virulentes envers l’état-major.

« Il ne s’agit que d’élucubrations », a commenté ce dernier dans un message sur Telegram. Tuer 1 500 soldats en une journée est « un sacré massacre », a-t-il ironisé en se moquant du porte-parole du ministère russe de la défense Igor Konachenkov. « En fait, pourquoi ne pas additionner tous les chiffres donnés par Konachenkov. Je pense que nous avons déjà détruit l’ensemble de la planète Terre à cinq reprises », a-t-il raillé.(RTS/2023)

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.