UKRAINE: le pont en Crimée bombardé, fin de l’accord céréalier, l’Afrique perd un enjeu économique

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KIEV, 17 JUILLET (ASPAMNEWS)- Au moins deux civils ont péri dans une opération contre ce site stratégique pour la conduite des opérations militaires de Moscou. En vigueur depuis juillet 2022, l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes en mer Noire ne va pas être renouvelé, annonce la Russie ce lundi. Le Kremlin affirme qu’il reviendra à l’accord quand ses conditions seront remplies.

Avec le pont de Crimée, c’est un site stratégique pour le dispositif militaire russe que l’Ukraine a frappé dans la nuit de dimanche 16 juillet à lundi 17 juillet. Revendiquée dans la matinée par les services ukrainiens de sécurité, qui ont précisé avoir agi «à l’aide de drones navals», l’opération a causé la mort de deux personnes circulant en voiture, selon les autorités russes.

Il s’agirait d’un couple originaire de la région frontalière de Belgorod, dont la fille de 14 ans aurait également été blessée. «L’attaque d’aujourd’hui sur le pont de Crimée a été perpétrée par le régime de Kyiv», accuse sur Telegram, la porte-parole du ministère des affaires étrangères russe, Maria Zakharova, qui qualifie de «terroriste» le régime de Volodymyr Zelensky.

This video grab taken and released on July 17, 2023 by the Russian Investigative Commitee shows committee investigators working on the Kerch bridge — linking Crimea to Russia — which was heavily damaged following an attack. Russia on July 17, 2023, said a Ukrainian attack on the bridge linking Moscow-annexed Crimea to the Russian mainland killed a civilian couple and wounded their child. (Photo by RUSSIAN INVESTIGATIVE COMMITTEE / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – MANDATORY CREDIT « AFP PHOTO / RUSSIAN INVESTIGATIVE COMMITTEE  » – NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS – DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

Ce lundi 17 juillet, la circulation a été interrompue sur le pont de Kertch dans la foulée des explosions. La chaussée a été «endommagée», a déclaré le ministère russe des Transports, sans confirmer la présence d’éventuels dégâts au niveau des piliers de l’ouvrage.

Un centre de coordination a été mis en place au sein d’un ministère de Crimée et des enquêteurs se sont rendus sur place, selon l’agence publique russe Tass, qui cite les autorités locales. Les transports ferroviaires via le pont ont aussi été suspendus temporairement, de même que la circulation des ferrys «entre la Crimée et le Kouban» (sud de la Russie).

«L’accord de la mer Noire s’est de facto terminé aujourd’hui.» Face aux journalistes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a été on ne peut plus clair concernant les négociations sur les exportations de céréales ukrainiennes en mer Noire. Le Kremlin, qui dit refuser la prolongation de l’accord en l’état actuel – il est censé expirer ce lundi à minuit – ajoute que «dès que la partie (des accords) concernant la Russie sera satisfaite, la Russie reviendra immédiatement à l’accord sur les céréales».

D’abord prévu pour être renouvelé tous les quatre mois, l’accord devait désormais l’être toutes les huit semaines depuis mars, les Russes multipliant les prétextes pour en restreindre la portée. L’accord prévoyait notamment que la flotte des cargos allant ou quittant l’Ukraine soit inspectée à Istanbul par une délégation de Russes et des représentants de l’ONU, afin de vérifier qu’ils ne transportent pas autre chose que des céréales.

l’accord sur les céréales, un enjeu pour l’Afrique

Signée en juillet 2022, avec la Russie et l’Ukraine sous l’égide de la Turquie, pays facilitateur, et des Nations unies, l’Initiative sur les céréales en mer Noire vise à prévenir les risques de famine dans le monde en garantissant, malgré la guerre, la mise sur le marché des productions agricoles ukrainiennes.

Considéré comme essentiel au ravitaillement mondial, cet accord a permis sur l’année écoulée de sortir près de 33 millions de tonnes de céréales des ports ukrainiens en dépit du conflit. Pour de nombreux pays du Sud, en particulier ceux de la corne de l’Afrique, l’exportation des céréales ukrainiennes est vitale : en premier lieu pour la Somalie, les deux Soudan, l’Éthiopie.

« Si l’Initiative de la mer Noire n’est pas renouvelée, l’Afrique de l’Est sera très durement touchée », prévenait Dominique Ferretti, du bureau régional pour l’Afrique du Programme alimentaire mondial (PAM), il y a un mois. « Un certain nombre de pays dépendent du blé ukrainien. Sans ce blé, les prix des denrées alimentaires augmenteraient de manière significative », a-t-il mis en garde.

L’inquiétude du PAM

En Afrique de l’Est, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire a doublé depuis 2016 (Djibouti, Kenya, Somalie, Soudan du Sud, Ouganda, Éthiopie et Soudan) pour atteindre la barre des 60 millions, selon le PAM.

Environ 83 000 personnes, dont 40 350 en Somalie et 43 000 au Soudan du Sud, se trouvent actuellement en phase « catastrophe » (phase 5), la plus élevée de la classification sur la sécurité alimentaire (CIP). L’Ukraine étant l’un des principaux fournisseurs du PAM, si l’accord n’est pas prolongé, cette agence de l’ONU ne pourra pas répondre à tous les besoins dans cette région du monde.

Des céréales russes pour l’Afrique

Cependant, si la Russie ne prolonge pas cet accord, cela ne signifie pas pour autant qu’elle va abandonner le continent. Le 26 mars, au cours de la conférence parlementaire internationale Russie-Afrique qui se tenait à Moscou, Vladimir Poutine avait déclaré devant les responsables africains : « Si nous décidons en fin de compte de ne pas prolonger cet accord dans soixante jours, alors nous sommes prêts à livrer depuis la Russie gratuitement tout le volume qui était destiné ces derniers temps aux pays les plus nécessiteux d’Afrique. »

Le président russe a admis lui-même que son partenariat avec l’Afrique est essentiel à l’heure où il se heurte à une puissante coalition internationale en raison de son invasion de l’Ukraine. Face aux sanctions internationales dont il est l’objet par cette coalition, Vladimir Poutine est dans la nécessité de rechercher et de courtiser de nouveaux partenaires, la sécurité alimentaire du continent étant l’un des axes de sa stratégie en Afrique. Ce thème sera d’ailleurs largement abordé au sommet Russie-Afrique qu’il organise à la fin du mois de juillet.

Rappelons qu’après cet accord céréalier plus de trente millions de tonne de céréales et d’autres denrées alimentaires ont pu être exportées dans de cadre de cette négociation. Mais malgré les accords, la production céréalière de l’Ukraine a été durement touchée par la guerre. Après la destruction du barrage de Nova Kakhovka, les récoltes devraient baisser de 10 à 15%, selon l’Association ukrainienne de producteurs de grains. (SPM/2023)

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